de Virginia Woolf

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3,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Les Vagues est un roman souterrain. Peut-être le plus ambitieux de Virginia Woolf. Elle y conduit à son paroxysme l'exploration du "flux de la conscience" déjà remarquablement maîtrisée dans La Promenade au phare. Au-delà de la fiction, elle veut atteindre le subconscient et tout ce qu'il capte, à notre insu : J'espère avoir retenu ainsi le chant de la mer et des oiseaux, l'aube et le jardin, subconsciemment présents (...). Ce pourraient être des îlots de lumière, des îles dans le courant que j'essaie de représenter ; la vie elle-même qui s'écoule. Dans Les Vagues, s'entrecroisent les monologues intérieurs de ses personnages, comme autant de reflets irisés sur la mer, qui se répondent et frémissent au moindre souffle du vent. Parfois, un scintillement plus fort, plus pur semble-t-il que les autres : c'est une page de poésie (à supposer que le reste ne le soit déjà), écrite en italique, comme une respiration, une méditation sans sujet, dans laquelle se confondraient un instant toutes les autres. À 47 ans, dix ans avant son suicide, Virginia Woolf se bat contre ses crises successives de désespoir et d'euphorie. Pourtant, sa sensibilité écorchée perçoit la beauté qui perdure derrière le flot des heures. Plus que jamais, les mots lui permettent de cueillir ces "moments de l'être", tels des coquillages nacrés, envers et contre le flux et le reflux du temps. 

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Comment pourrais-je ne pas aimer un tel texte, si proche de la nature et tellement emprunt de douceur, de sage philosophie et de poésie... J'aime aussi son côté décalé, presque suranné, par le langage, le texte restant pourtant tellement actuel pour tout ce qui est des sentiments et des émotions. Ce que j'en retiens, c'est que les hommes sont immuables, décidément attachés (synchronisés ?) à la nature et à l'amour. Même s'ils l'oublient trop souvent aujourd'hui (ou que le système les en empêche) (ou leur pudeur).
Et puis...
Je crois que nous écrivons, chaque jour, un texte semblable à celui de Viriginia Woolf. Mais que, contrairement à elle, cela ne dépasse pas le stade de nos pensées. Passer à l'écriture relève du génie (je la cite, c'est tellement juste... : "Je passerais comme l'ombre sur la lande, vite effacée, vite obscurcie, et disparue pour de bon à la limite des forêts, si je n'obligeais mon cerveau à tout délimiter derrière mon front. Je m'oblige à fixer ce moment, ne serait-ce que dans une seule ligne d'un poème que je n'écrirai pas.", ou encore : "Et je me rends bien compte que les meilleures phrases sont probablement fabriquées dans la solitude…"). 
Non ?

Bon, et si je vous avouais maintenant que, si effectivement les 100 premières pages de ce roman m'ont passionnée,  la suite m'a terriblement remplie d'ennui (et je pèse mes mots...). Rien ne s'y passe plus vraiment, sinon les vies de chacun qui avancent, sans grandes surprises. Un quotidien banal. Qui tourne décidément en boucle... y compris dans les pensées.
Comme dans la vie.
En plus déprimant.

Morceaux choisis
(peut-être y en a-t-il beaucoup..., mais je trouve vraiment dommage de ne pas les partager avec vous : ces passages sont de véritables "empreintes" du roman) :
"Quand ils s'en vont, les gens se font mystérieux. Quand ils s'en vont, je puis les accompagner jusqu'à l'étang, et je puis les revêtir de majesté".
"La nature est trop végétale, trop vague. Elle ne possède que de sublimes immensités, de l'eau et des feuilles. Je commence à souhaiter l'intimité d'une chambre éclairée par le feu, et le corps d'un seul être."
"Chacun de nous semble avoir sans cesse quelque chose à faire, quelque chose qui n'aura lieu qu'une seule fois. Jamais plus. Rien n'est plus terrible que ce sentiment de l'immédiate fatalité."
"C'est une nuit d'orage : les branches agitées des noyers labourent péniblement l'air nocturne. Des étoiles flambent derrière les feuilles. Quelles forces, bonnes ou mauvaises, m'ont conduit où je suis ?"
"En même temps, vous voyez ce scarabée qui porte une feuille sur son dos. Il court ici, puis là. Ainsi, pendant que vous le regardez, votre désir de posséder un objet unique (c'est Louis, en ce moment) est obligé de bouger à son tour, comme la lumière qui va et vient sur ces feuilles de hêtre. Et l'obscur mouvement produit par nos paroles dans les profondeurs de votre esprit finira par briser ce dur noeud roulé dans votre mouchoir de poche".
"Je dois poser le pied prudemment sur le rebord du monde, de peur de tomber dans le néant".
"Il m’arrive parfois de penser que je suis les saisons, le mois de janvier, le mois de mai, le mois de novembre : que je fais partie de la boue, du brouillard et de l’aube."
"Chez moi, les vagues ont des lieues de long. Nous les entendons se briser durant les nuits d'hiver".
"C'est pour cela que je l'aime. Oublieux, presque entièrement ignorant de ce qu'il a été pour moi, il passera hors de ma vie. Et, si étrange que cela me semble, j'entrerai dans d'autres vies : ceci n'est peut-être qu'une escapade, un simple prélude."
"(...) certes, nous avons inventé des expédients pour remplir les crevasses et dissimuler les fissures".
"Je ne crois pas à la valeur des existences séparées. Aucun de nous n’est complet en lui seul."
"Des îlots de lumière tombent entre les branches et flottent sur l'herbe".
"Tous les dogmes sont corrompus par ceux qui les exposent".
"Mais quand tu viens tout change. Les tasses et les soucoupes ont changé quand tu es entré ce matin. Il n'y a aucun doute, ai-je pensé, en poussant le journal de côté, nos vies médiocres, toutes laides qu'elles soient, ne revêtent de splendeur et n'ont de sens que sous le regard de l'amour."
"Je ne sais pas. Je ne sais pas qui je suis parfois, ni mesurer et nommer et totaliser les particules qui font de moi ce que je suis."
"Rien ne devrait recevoir un nom, de peur que ce nom même le transforme".
"L'univers où nous vivons est dépourvu de stabilité. Qui nous dira le sens secret des choses ? Qui peut prévoir la courbe d'un mot, une fois lancé ?"
"Le monde tout entier est en plein travail d'enfantement. Les insectes errent de plante en plante. Les fleurs lourdes de pollen."
"Les expériences de la vie sont incommunicables, et c'est ce qui cause toute la solitude, toute la tristesse humaine".
"Le bonheur est contenu dans cette chambre (...) et la paix que dispensent les objets familiers. Une table, une chaise, un livre, avec un coupe-papier inséré entre ses pages.Et un pétale tombe d'une rose, et la lumière palpite pendant que nous sommes assis, en silence, ou que peut-être, traversés par une pensée sans importance, nous prononçons soudain une parole."
"Mais où est la douleur, et où est la joie ? Je me pose vainement la question. Je sais seulement que j'ai besoin de silence, de solitude, et de plein air, et qu'il me faut consacrer une heure à examiner ce que devient mon univers".
"C'est étrange, car il a été jeune, jadis, lui aussi."
"Le grondement de la circulation pourrait être tout aussi bien le vaste murmure des forêts ou le rugissement des fauves. La roue du temps a reculé d'un tour : nos progrès si récents sont anéantis. En vérité, nos corps sont nus. Nous ne sommes que légèrement recouverts de tissus soigneusement boutonnés, et sous ces trottoirs se cachent des coquillages, des ossements, et du silence".
"C'est l'amour, c'est la haine (...). C'est le torrent sombre et furieux qui nous donne le vertige quand nous nous penchons sur lui. Nous sommes debout sur le rebord, mais le vertige nous prend quand nous regardons en bas".
"Ma vie se passe à m'éveiller, puis à me rendormir".