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Le bruit des vagues
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27 janvier 2016

dernière lecture : La petite robe de Paul

de Philippe Grimbert

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3,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Alors qu'il se promène dans un quartier de Paris qui n'est pas le sien, Paulla cinquantaine, marié, est irrésistiblement attiré par une petite robe blanche de fillette, exposée dans la vitrine d'un magasin. Cet innocent vêtement dont il a fait l'acquisition va se trouver à l'origine d'un véritable drame, précipitant ses acteurs aux limites de la déraison et de la mort. Dans la vie tranquille de Paul, cet achat impulsif, apparemment anodin, produit des effets dévastateurs au point d'amener Paul et sa femme Irène au bord du gouffre. De fil en aiguille, d'un petit mensonge par omission au réveil des vieux démons, la trame d'un couple superficiellement uni va s'user jusqu'à la corde. 

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Excellent roman ! Mais alors, quelle noirceur !
Très court, très vite lu, Que l'on reçoit comme un uppercut. Sûre, on n'en sort pas indemne...
A découvrir.

 

Morceaux choisis :
"(...) Paul prit conscience de l'insurmontable difficulté pour lui de mettre en mots ses sentiments. Tout relevait de l'impalpable : regards échangés, sourires, main posée sur un bas en témoignage de tendresse, mais rien qui puisse précisément se dire, encore moins s'écrire."
"Comme tous les enfants qui saisissent intuitivement la tristesse de l'un de ses parents, Paul ne posait aucune question, respectant à son insu le mutisme paternel, ne franchissant aucune barrière dressées par l'homme déjà âgé qui lui accordait sa tendresse."
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31 octobre 2015

voir est une nourriture

"(...) et la splendeur ocre des rocailles
ouvre en moi un espace illimité.
Un aigle traverse et disparaît.
Un nuage immaculé se promène dans l'air tremblant.
Mon regard est avide de formes.
Je n'avais jamais réalisé à quel point voir est une nourriture"

Une citation de Denis Marquet,
dans "Colère"

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Photo été 2015

6 décembre 2015

une autre échelle du temps

"Peut-être le chêne immobile pendant des siècles
est-il au centre d'un univers
insoupçonnable à l'esprit de l'homme mobile et bref.
La journée est pour lui comme une inspiration,
la nuit une expiration,
le printemps et l'été sa journée,
l'automne sa fatigue
et l'hiver son repos nocturne.
Il vit à une autre échelle du temps,
de l'espace où il est figé,
de la conscience, et de la connaissance."

René Barjavel, dans "La faim du tigre"

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photo décembre 2015
(graminées)

 

Une douce et tendre pensée pour toi,
ma belle Anne-Françoise,
qui dessines désormais du bout des doigts,
peut-être,
je l'espère,
cette autre échelle du temps.

22 août 2015

dernière lecture : Colère

de Denis Marquet

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4 etoiles


Présentation de l'éditeur :
La peur, l'angoisse et l'incompréhension gagnent peu à peu la population des États-Unis. Sur la côte atlantique, des centaines de personnes meurent noyées sans qu'aucun phénomène sismique n'ait été relevé, d'autres sont dévorées par des dauphins. À Philadelphie, de nombreux habitants sont retrouvés égorgés par leurs propres animaux domestiques. La population de Clydesburg, en Illinois, est anéantie. Par qui, par quoi ? Le département américain de la Défense réunit une cellule de crise autour de scientifiques réputés, mais personne n'est en mesure d'appréhender ces étranges phénomènes. Une chose est sûre : l'avenir de l'humanité est en grand danger. Seule, l'anthropologue Marie Thomas, en mission dans la forêt amazonienne, a compris que les jours de Colère étaient arrivés : les hommes ne peuvent jouer impunément avec la Terre sans en être punis un jour. Dans ce premier roman, Denis Marquet déploie des trésors d'imagination et réalise un récit ésotérique et écologique dans la grande tradition du thriller américain. --Claude Mesplède 
Denis Marquet a 36 ans. Agrégé de philosophie, il a enseigné à l'université et à Sciences-Po avant d'ouvrir un cabinet de philosophie où il donne des consultations et anime des groupes de travail. Colère est son premier roman. 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Ouh là là !!! ...Et, à la fin de chaque chapitre : "Ouh là là !!!".
Terrible suspense, rebondissements étourdissants. Dire que ce livre nous tient en haleine est bien trop étriqué. Ce livre nous propulse dans une aventure avec un A majuscule : celle de l'humanité, mise en péril, et, ce qui fait le plus mal : ce sont des gens comme vous et moi qui sont concernés. Notre quotidien, donc : ce qu'on lit dans les journaux de plus en plus souvent... Notre avenir ?
ça fait franchement peur... : c'est tellement proche de la réalité. De l'évolution de notre société, au mépris de notre belle terre, qui sait être vengeresse, violente, impitoyable. Et qui l'est de plus en plus souvent. Sans doute est-ce cela, le plus effrayant... : ce péril vers lequel nous allons, à une vitesse exponentielle, et dont l'homme est le principal instigateur.
ça existe, ça, des trillers philosophiques ? Parce qu'alors nous voilà plongés (que dire, plongés ? fascinés...) par l'un d'entre eux...

Je n'ai pas pu m'empêcher de repenser à Laurent Gounelle, qui m'avait fait découvrir d'une part Edgar Morin, ce philosophe inquiet de voir les hommes avancer « comme des somnambules vers la catastrophe » et d'autre part Sheldrake qui nous parle du principe de résonance morphique (clic), tous deux décrivant ce même processus, qui pourrait fort bien apporter la disparition de l'Humanité toute entière...

Morceaux choisis :
"Peut-être que quand on ne prend aucun plaisir à quelque chose, c'est qu'on n'est pas fait pour ça (...)"
"Si seulement on pouvait fermer les oreilles comme on ferme les yeux... Et ne plus rien entendre, à volonté, ne plus être attaqué par l'insondable et retentissante connerie du monde".
"Le hasard est le point faible de la plus forte des cuirasses".
"Les yeux se ferment, les regards se détournent. L'homme a reçu ce don merveilleux : ne voir que ce qu'il veut, ne croire que ce qui l'arrange. Oublier."
"Elle avait compris quelque chose : c'était en elle que tout se jouait. La nature n'était hostile que dans la mesure exacte où elle projetait sur elle le chaos dont elle était porteuse".
"Nier la vérité du chamanisme du point de vue scientifique était aussi ridicule que nier la vérité des découvertes scientifiques du point de vue chamanique".
"Qu'est-ce que c'est mourir, pensa-t-elle, quand tout le monde meurt en même temps... Ce qui est terrible, c'est d'être arraché au monde, et que tout continue comme si l'on n'avait aucune importance, comme si le monde n'en avait rien à faire qu'on meure ou qu'on vive..."
"Les chercheurs cherchaient. Ils ne trouvaient rien. Leur métier, c'était de chercher, alors ils cherchaient."
"(...) et la splendeur ocre des rocailles ouvre en moi un espace illimité. Un aigle traverse et disparaît. Un nuage immaculé se promène dans l'air tremblant. Mon regard est avide de formes. Je n'avais jamais réalisé à quel point voir est une nourriture".
"Savoir est le sommeil de l'intelligence. La véritable science, elle, est une aventure. Elle exige que nous soyons capables de ne plus rien savoir, afin de nous ouvrir au mystère du monde. Car le monde est bien plus vaste que notre savoir."
"Ce que l'homme a mis des dizaines de millénaires à édifier, la nature le défait en quelques poignées de jours".
"Une famille... Un lieu où être vu, entendu, accueilli, sans que personne ne pose de conditions."
"Voir est un chemin. Accepter ce qui est, ce qui se donne, ce qui advient. Sans condition. Sans détourner le regard, sans laisser ses yeux fabriquer des mirages pour éloigner ce qui dérange."
"Humain... Cela vient de "humus", la terre. Comme le mot humilité. L'humilité, c'est pour l'homme se souvenir qu'il est fait de terre, et qu'il sera rendu à la terre. S'il l'oublie... la Terre, un jour, le lui rappelle..."

Et mon passage un peu plus long... :
"Toute notre culture est basée sur la peur. Toutes nos énergies sont consacrées à refuser la mort. Et nous ne voyons pas qu'à refuser la mort c'est à la vie que  nous disons non. Car la mort et la vie ne sont qu'une seule et même réalité. Cela, les Indiens le savent.
Nous, les Blancs, qui dominons le monde, avons trop peur de sentir la vie parcourir notre chair, trop peur de savourer notre appartenance à la Terre, parce que c'est aussi garder mémoire qu'il faudra retourner, un jour, à la terre.
L'Indien sait, d'un savoir cellulaire, qu'il n'est pas distinct de la Terre dont il provient et dont il est fait. Avec mes frères, j'ai appris à marcher pieds nus sur la terre brûlante, comme eux je me suis étendu sur la Terre à me laisser bercer par la pulsation profonde de sa vie.
Aimer la vie, me disait Lololma, c'est se souvenir que l'on n'est rien. L'homme blanc préfère se faire croire qu'il est tout. Il est rempli de haine pour la Terre dont il est fait. Il veut la posséder. Il met la Terre en demeure de produire, toujours davantage. Il ne veut aucune limite à sa puissance. Il détruit ce qui lui échappe, il se rend sourd et aveugle à ce qu'il ne peut détruire.
Il ne connaît plus rien du Grand Mystère."


6 juin 2015

dernière lecture : Les fidélités

de Diane Brasseur

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1 etoile

Présentation de l'éditeur :
Quelques heures avant de partir fêter Noël en famille, le narrateur s’isole dans une pièce de sa maison et s’oblige à ne pas en sortir avant d’avoir repris sa vie en main. Depuis quelques mois, ce père de famille de 54 ans partage sa vie entre sa femme et sa fille à Marseille et sa maîtresse à Paris. Cette double vie ne lui ressemble pas. Il doit choisir. Doit-il quitter sa femme et refaire sa vie avec la jeune Alix comme tant d’hommes de son âge le font? Ou doit-il mettre un terme à cette relation pour préserver sa femme et sa fille, cette vie de famille qu’il aime tant? Enfermé dans cette pièce, il fait défiler les derniers mois: sa rencontre avec Alix, le sentiment d’une jeunesse retrouvée, ses premiers mensonges, sa culpabilité grandissante – l’installation dans une relation adultère. Beaucoup d’hommes se satisfont d’une double vie, mais pas lui: il aime sa femme, il aime Alix, mais pas l’infidélité.

Mon sentiment au sujet de ce roman :

J'avais lu des commentaires enthousiastes de ce récit, dont je m'étais fait une idée magnifiée. 
Franchement, se retrouver dans la tête de cet homme qui, sous prétexte d'être fidèle à l'une comme à l'autre (ou infidèle à l'une comme à l'autre), ne prend aucune décision pour trancher, et n'en prendra sans doute pas.
Cela s'appelle de la passivité. C'est une manière d'agir et de vivre me déplaît dans la vraie vie, je ne vois donc pas quel attrait pourrait avoir cet homme, même dans un roman, qui, à mon avis, n'apporte rien.

Morceaux choisis :
"Il y avait déjà la perspective de Noël. Les fêtes sont des caps comme les dizaines pour les anniversaires".
"J'espère que cette scène n'aura pas lieu, et c'est peut-être pour cela que je la joue, parce que rien ne se passe jamais comme on l'avait prévu, ou alors plus tard, bien plus tard".
"Je ne veux pas la faire souffrir. Certains jours, j'ai un poids sur le thorax, mais je ne fais pas d'insomnie. Au contraire, mon sommeil est profond, proche du KO."
"Quand je suis heureux je n'ose plus bouger. Je me fais penser au chien de ma grand-mère qui se transformait en statue quand le chat le léchait."
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4 octobre 2015

dernière lecture : J'étais là avant

de Catherine Pancol

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2 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Elle est libre. Elle offre son corps sans façons. Et pourtant, à chaque histoire d’amour, elle s’affole et s’enfuit toujours la première. Il est ardent, entier, généreux. Mais les femmes qu’il célèbre s’étiolent les unes après les autres.
Ces deux-là vont s’aimer. Il y a des jours, il y a des nuits. Le bonheur suffocant. Le plaisir. Le doute. L’attente. Mais en eux, invisibles et pesantes, des ombres se lèvent et murmurent : « J’étais là avant. »
Des mères qui les ont aimés ou trahis, qui ont rêvé, souffert, espéré. Des mères qui vivent encore en eux et les empêchent d’aimer. On n’est jamais tout seul dans une histoire d’amour.
On est tous les autres et toutes les autres qui ont aimé avant nous.
J’étais là avant est le roman d’une femme qui se libère de ses démons. Qui nous libère de nos démons…

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
J'avais promis, juré, craché que l'on ne m'y reprendrait plus.
Mais alors, il faudrait que je ne lise pas, "juste pour voir..." la toute première page. Parce que l'écriture de Catherine Pancol, j'ai un mal fou à y résister. ça me fait exactement pareil avec une tablette de chocolat (au lait). Juste un carré. Et puis, finalement, la tablette entière y passe, et je suis écoeurée.
C'est tellement dommage... Je suis, encore une fois, terriblement déçue. Par l'histoire. Alors que la plume est divine... (comme en témoigne la longue liste de morceaux choisis...) Mais qu'est-ce que l'on peut tourner en rond, pour même se retrouver au point de départ (et puis, j'avoue, j'ai "sauté" plein - plein de pages).
Et je ne comprends pas, vraiment, ce qui ne fonctionne pas dans les récits de Catherine Pancol, mais à chaque lecture, cela se confirme : il manque un ingrédient.
Ou alors j'aurais du m'arrêter après la première page : elle était tellement prometteuse...

 

Morceaux choisis :
"Aimer, c’est prendre l’autre dans sa totalité".
"Je me souviens : la première fois que je t’ai rencontré, je ne t’ai pas vu…
Je ne t’ai pas vu.
Tu étais là, pourtant. Je t’ai serré la main, je t’ai dit « bonjour » très gentiment sans doute, avec mon grand sourire, celui que j’ai quand je fais connaissance, un sourire en préfabriqué, une forme de politesse anonyme. Un laissez-passer pour que passent les gens et qu’ils me laissent dans mon indifférence. Nice to meet you et du balai.".
"On est responsable de ces mots-là. Il ne faut pas se plaindre, après, de les avoir prononcés. On est responsable de ses mots. Il faut apprendre à être vigilant. C’est de ta bouche que sortent ces mots ennemis, ces mots qui te défigurent. Ne reproche rien aux mots. Ils sont là parce que tu les as laissés être là et, petit à petit, ils prennent toute la place. Je vais te dire, ils prennent même ta place et parlent en ton nom…"
"Soudain, tu t’es levé. Tu as regardé ta montre et tu es parti.
Je me suis dit il a une copine, une femme dans sa vie, elle l’attend et il va la rejoindre. Ils ont rendez-vous. Il est venu pour tuer le temps avant de la retrouver. Une seconde, j’ai envié cette femme d’avoir un homme si ardent, si entier, si vrai, une seconde, j’ai regretté que cet homme-là ne soit pas pour moi, pour moi qui l’avais eu si entier, si ardent, si vrai pendant quelques instants, et puis j’ai pensé c’est la vie, c’est comme ça.
Je t’ai regardé partir".

"La vérité se niche toujours dans les détails".
"Le désir nous dilate, nous permet d’occuper un espace plus grand que celui qui nous est alloué".
"L’amour la rendait aimante. L’amour est un fluide qui circule d’un être à l’autre en faisant des détours."
"L’apparence est la forme qu’empruntent les gens pour que les autres ne les voient pas. Ne devinent pas leur malaise intérieur."
"La vie des autres est un champ d’observation infini où les détails engrangés vous permettent d’avancer en vous-même comme dans une enquête criminelle. On ne s’ennuie jamais à contempler l’heur ou le malheur d’autrui tant il vous renseigne plus efficacement que n’importe quel docteur de l’âme sur vos propres désordres. Tant il est vrai aussi que ce qui vous saute aux yeux, vous irrite ou vous tord les entrailles est le reflet exact de vos propres manques, défauts ou souffrances que vous vous obstinez à nier, à mettre de côté."
"Ce doit être ça, l’amour : quand le regard de l’autre voit en vous ce que vous ne voyez pas vous-même, l’extrait comme une pépite dorée et vous l’offre."
"De l’enfermement naissent souvent de nouveaux talents pourvu que l’âme soit astreinte à des travaux humbles et précis." 
"Une voiture ne vrombit pas. L’orage ne gronde pas. L’hiver ne dépose pas son blanc manteau de neige, l’angoisse n’étreint pas les cœurs. Interdit, interdit, interdit ! Montrez-moi la sécheresse en me décrivant les ornières de la route, la pluie en me faisant patauger dans la gadoue, le trac en faisant bégayer le narrateur, la soumission dans l’inclinaison d’une nuque, la convoitise dans des yeux allumés et rétrécis. Des attitudes, des images, des sons et des odeurs ! Et l’émotion débordera. Elle jaillira des détails que vous aurez extirpés de votre mémoire, du regard que vous portez sur ce qui se passe autour de vous. Votre regard !"

12 septembre 2015

dernière lecture : Amours

de Léonor de Recondo

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4,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Nous sommes en 1908. Léonor de Récondo choisit le huis clos d’une maison bourgeoise, dans un bourg cossu du Cher, pour laisser s’épanouir le sentiment amoureux le plus pur – et le plus inattendu. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire, à prendre en mains sa destinée. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, tombe enceinte : cet enfant sera celui du couple, l’héritier Boisvaillant tant espéré.
Comme elle l’a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s’apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire n’a pas la fibre maternelle, et le nourrisson dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont elle martèle inlassablement les touches.
Céleste, mue par son instinct, décide de porter secours à l’enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s’éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre sous les combles…
Les barrières sociales et les convenances explosent alors, laissant la place à la ferveur d’un sentiment qui balayera tout.
Ce livre est récompensé par le grand prix RTL-Lire 2015 et par le prix des libraires 2015.. 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Magnifique roman ! 
Et je pèse mes mots.

Pour une fois, je copie-colle un commentaire de lecture (Babelio, par MachaLoubrun), qui dit exactement ce que j'aurais voulu écrire  :
Au début du siècle dernier, dans une maison cossue du Cher, Madame, Monsieur, la bonne et l'enfant…
Ne bâillez pas d'ennui, il ne s'agit pas d'un vulgaire petit drame bourgeois mais d'Amours. Oui, d'Amours. Bien entendu le mariage entre Victoire et Anselme a été arrangé et Céleste n'est qu'une bonne à tout faire. Comme Victoire est dégoutée par les moments intimes avec son mari, Anselme monte de temps en temps dans la chambre de Céleste, histoire de satisfaire un désir pressant…Céleste ne veut pas perdre sa place, alors elle ne dit rien.
Les deux femmes ont pourtant des points communs, l'innocence, la solitude et des vies corsetées par la religion et les conventions sociales. Céleste tombe enceinte, l'enfant deviendra celui que le couple attendait désespérément depuis cinq ans. C'est Victoire qui en a décidé ainsi. Derrière les murs épais des maisons bourgeoises les secrets et la morale cloisonnent bien hypocritement les vies, mais les deux femmes vont se rapprocher, s'aimer, voler un peu de liberté, découvrir leurs corps et leurs désirs… C'est inattendu, beau, c'est une passion pleine de fraicheur et de douleurs contenus qui nous rappelle combien la vie était dure pour les femmes à cette époque là. 
D'une écriture simple et délicate Léonor de Recondo met en musique l'éveil à la sensualité et la maternité des deux femmes. L'auteur est d'ailleurs une musicienne de talent et lorsque Victoire renait en se mettant au piano ou lorsque Céleste se réfugie dans l'orgue de l'église paroissiale, on sent vibrer leurs âmes.
Deux portraits lumineux et attachants dans un roman particulièrement touchant.

Morceau choisi :
"De la vie, on ne garde que quelques étreintes fugaces et la lumière d'un paysage."
2 mars 2015

dernière lecture : L'amour et les forêts

d'Eric Reinhardt

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2 etoiles

Présentation de l'éditeur :
À l'origine, Bénédicte Ombredanne avait voulu le rencontrer pour lui dire combien son dernier livre avait changé sa vie. Une vie sur laquelle elle fit bientôt des confidences à l'écrivain, l'entraînant dans sa détresse, lui racontant une folle journée de rébellion vécue deux ans plus tôt, en réaction au harcèlement continuel de son mari. La plus belle journée de toute son existence, mais aussi le début de sa perte. 
Récit poignant d'une émancipation féminine, "L'amour et les forêts" est un texte fascinant, où la volonté d'être libre se dresse contre l'avilissement. 
Prix du roman France Télévisons 2014

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Souvent, je suis comme ça : je vois "L'amour et les forêts" dans le titre, et je me fais tout un film... J'imagine un roman dans les arbres, je sens déjà l'odeur de la terre et le vent qui fait frémir les feuilles. Evidemment, après, je suis déstabilisée pendant un petit moment. Là, en l'occurrence, ça n'est pas du tout ça.
Pas du tout bucolique, je veux dire...
Si vous voulez voir et sentir la souffrance morale et physique, allez-y. Moi, ça m'a mis une boule au ventre, et rien que d'y repenser, j'en ai encore la nausée. Les gens détraqués, qui arrivent à pourrir la vie des autres en les harcelant moralement me sont on ne peut plus insupportables, comme l'est la maltraitance des personnes en fin de vie. J'en suis verte de rage et de douleur.
Ce roman est un concentré de tout cet univers dont j'ai absolument horreur. Du coup, j'aurai du mal à vous parler : oui de l'histoire qui tient la route, oui de l'écriture qui est belle. 
Je ne me rappelle que du chagrin et de la douleur.

Morceaux choisis : 
"(...) accepter sa propre bizarrerie pour en faire sa joie, n'est-ce pas ce qu'on devrait tous faire dans nos vies ?"
"Je préfère le profond, ce qui peut se pénétrer, ce en quoi il est envisageable de s'engloutir, de se dissimuler : l'amour et les forêts, la nuit, l'automne".
"Malheureusement, la réalité n'est pas tellement généreuse avec ceux qui réclament d'être enchantés. Il ne se passe pas grand-chose d'excitant dans nos vies".
"Il suffit peut-être de surveiller la surface de son quotidien, d'avoir suffisamment de sensibilité pour détecter l'existence d'un passage, pour identifier la nécessité de s'y faire disparaître ?"
"Elle ne ferait aucun geste plus prononcé que la démonstration de ce bonheur au fond d'elle-même comme un lac au clair de lune : des scintillements dans ses yeux sombres. Ce regard fixe comme un pacte entre nous, avant les mots que nous allons échanger."
22 août 2014

dernière lecture : Le portrait de Dorian Gray

d'Oscar Wilde

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4 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Par la magie d'un voeu, Dorian Gray conserve la grâce et la beauté de la jeunesse. Seul son portrait vieillira. Le jeune dandy s'adonne alors à toutes les expériences, s'enivre de sensations et recherche les plaisirs secrets et raffinés. « Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais », « il faut guérir l'âme par les sens, guérir les sens par l'âme ».
Oscar Wilde voulut libérer l'homme en lui donnant comme modèle l'artiste. Pour se réaliser, il doit rechercher le plaisir et la beauté, sous toutes ses formes, bien ou mal. L'art n'a rien à voir avec la morale. Dans une langue raffinée, l'auteur remet en question la société, le mariage, la morale et l'art. Ses propos sont incisifs et humoristiques. Ce livre scandalisa l'Angleterre victorienne, Oscar Wilde fut mis en prison pour avoir vécu ce qu'il écrivait. Au siècle suivant, Proust, Gide, Montherlant, Malraux ont contribué à la célébrité du génial écrivain.

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :

C'est avec ce roman que j'ai découvert Oscar Wilde. Enfin, comme tout le monde j'imagine, je le "connaissais" déjà un peu : par toutes ces belles citations qui circulent, souvent illustrées du portrait de l'homme, jeune, magnifique, auréolé d'une incroyable séduction. 
Ici, je n'ai pas été déçue : les mots sont souvent croustillants, l'histoire est pleine de rebondissements, et, à mon avis, Dorian, le héros, est à l'image de son auteur... 
Quelques passages m'ont pourtant parus bien longs (la description des collections, en particulier...), dans d'autres, j'ai parfois eu le sentiment que l'auteur "s'écoutait parler", mais globalement j'avoue avoir surtout été fascinée par ces jeux d'esprit et d'écriture qui mettent bien haut la barre de la réflexion... 

Morceaux choisis :
"Quand j'aime quelqu'un intensément je ne dis son nom à personne. C'est presque une trahison. (...) La plus commune des choses nous paraît exquise si quelqu'un nous la cache."
"Il n'est rien que l'art ne puisse rendre."
"Il y a toujours quelque chose de ridicule dans les émotions des personnes que l’on a cessé d’aimer ; "
"Peut-être ne doit-on pas exprimer son adoration par des mots."
"Si l’on ne parlait jamais d’une chose, ce serait comme si elle n’était jamais arrivée. C’est seulement l’expression qui donne une réalité aux choses."
"Ne pouvaient-elles, les choses extérieures à nous-mêmes, sans pensée ou désir conscients, vibrer à l'unisson de nos humeurs ou de nos passions, l'atome appelant l'atome dans un amour secret ou une étrange affinité
"Il y a une sorte de volupté à se faire des reproches... Quand nous nous blâmons, nous pensons que personne autre n'a le droit de nous blâmer. C'est la confession, non le prêtre, qui nous donne l'absolution.
"Le dramatique de la vieillesse, ce n'est pas qu'on se fait vieux c'est qu'on reste jeune."
"Les bonnes influences n'existent pas, monsieur. Toute influence est immorale."
30 mars 2015

évolutions

Quand une forme ou un montage plaît,
on a envie de renouveler.

Voilà qui est fait...

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2015-011CollierLeBruitDesVagues

Collier en pâte polymère
en forme de feuille
élégamment porté par Morgane

 ***

et, avec les restes, une broche :

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***

Les restes de quoi, me demanderez-vous ?

*** 

Et bien : les restes de la plaque mise en couleurs par Mathilde,
qui a des idées précises quant aux bijoux qu'elle veut mettre autour de ses poignets...
Ceux-ci, elle en a mené la construction de A à Z.
Elle s'en sort bien, je trouve
(même si, avec elle, il faut que ça aille vite !)

Vous reconnaissez aussi les bracelets en bois fabriqués par son Papou ?

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5 avril 2015

dernière lecture : Réparer les vivants

de Maylis de Kerangal

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Présentation de l'éditeur :
"Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps". "Réparer les vivants" est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour.

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Une mort / une (re)naissance.
Avec entre les deux des tonnes d'émotions, de rebondissements, d'espoir, d'individus entiers et bouleversants, de personnages attachants et furieusement vivants. Oui... C'est exactement cela que l'on nomme la vie. Ce livre commence par la mort d'un presqu'enfant, et est pourtant un véritable condensé de vie. Brutal et doux. Terrifiant et réconfortant. Très éprouvant.
On ne sort certainement pas indemne de cette lecture, mais agrandi intérieurement. Le coeur tient désormais plus de place, les pensées et les émotions bouillonnent. L'unité de l'humain se retrouve intégralement dans cette lecture.

 

Morceaux choisis :
"Ce qui la tourmente, c'est l'idée de ce nouveau coeur, et que quelqu'un soit mort aujourd'hui pour que tout cela ait lieu, et qu'il puisse l'envahir et la transformer, la convertir - histoires de greffes, de boutures, faune et flore."
13 novembre 2014

dernière lecture : La promesse de l'aube

de Romain Gary

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4,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
"-Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D'Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !
Je crois que jamais un fils n'a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j'essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu'elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l'Armée de l'Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j'entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :
-Alors, tu as honte de ta vieille mère ?"

Mon sentiment au sujet de ce roman :
J'ai été complètement subjuguée par cette lecture, à l'humour à la fois ironique et féroce, aux tournures simples, évidentes, et pourtant tellement subtiles, à l'histoire émouvante. Tout au long de cette auto-biographie (qui se lit comme un roman) (mais d'ailleurs la vie entière de Romain Gary en est un...) : de l'autodérision, de l'amour, de la passion, des rêves, mais aussi du chagrin, de la souffrance, de la peur. Des sentiments.
Une vie.
Mais quelle vie !
Et pour moi, la découverte de cet homme multiple : conteur, bien sûr, mais aussi pilote de chasse, ambassadeur, enfant chéri, russe, polonais, français, double prix Goncourt, et j'en passe. A la fin de cette lecture, je l'adorais, déjà troublée, avant même d'avoir admiré son visage, magnifique (*).

Cet homme est une légende, qu'il a magnifiquement su conter lui-même.

 

Morceaux choisis :
"Ce que je veux dire, c'est qu'elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n'ai jamais su où aller depuis."
"Je feins l'adulte, mais, secrètement, je guette toujours le scarabée d'or, et j'attends qu'un oiseau se pose sur mon épaule, pour me parler d'une voix humaine et me révéler enfin le pourquoi et le comment".
"Parfois, je lève la tête et regarde mon frère l'Océan avec amitié : il feint l'infini, mais je sais que lui aussi se heurte partout à ses limites, et voilà pourquoi, sans doute, tout ce tumulte, tout ce fracas".
"Ce fut sans doute ce jour-là que je suis né en tant qu'artiste, par ce suprême échec que l'art est toujours, l'homme, éternel tricheur de lui-même, essaye de faire passer pour une réponse ce qui est condamné à faire demeurer comme une tragique interpellation".
"Je suis convaincu que les frustrations éprouvées dans l'enfance laissent une marque profonde et indélébile et ne peuvent plus jamais être compensées".
"Evidemment, dans votre quarante-cinquième année, il est un peu naïf de croire à tout ce que votre mère vous a dit, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je n'ai pas réussi à redresser le monde, à vaincre la bêtise et la méchanceté, à rendre la dignité et la justice aux hommes, mais j'ai tout de même gagné le tournoi de ping-pong à Nice, en 1932, et je fais encore, chaque matin, mes douze tractions, couché, alors il n'y a pas lieu de se décourager."
"Je regardai la mer. Quelque chose se passa en moi. Je ne sais quoi : une paix illimitée, l'impression d'être rendu. La mer a toujours été pour moi, depuis, une humble mais suffisante métaphysique. Je ne sais pas parler de la mer. Tout ce que je sais, c'est qu'elle me débarrasse soudain de toutes mes obligations. Chaque fois que je la regarde, je deviens un noyé heureux."
"J'ai même rendu de grands services à l'humanité. Une fois, par exemple, à Los Angeles, où j'étais alors Consul Général de France, ce qui impose évidemment certaines obligations, en entrant un matin dans le salon, j'ai trouvé un oiseau-mouche qui était venu là en toute confiance, sachant que c'était ma maison, mais qu'un coup de vent, en fermant la porte, avait emprisonné entre les murs pendant toute la nuit. Il était assis sur un coussin, minuscule et frappé d'incompréhension, peut-être désespéré et perdant courage, et il était en train de pleurer d'une des voix les plus tristes qu'il me fût jamais donné d'entendre, car on n'entend jamais sa propre voix. J'ai ouvert la fenêtre et il s'est envolé et j'ai rarement été aussi heureux qu'à ce moment-là".

 


 

Pour en savoir un peu plus sur cet auteur :

un article vraiment très intéressant et complet : http://laregledujeu.org/2014/11/04/18191/le-cas-gary/

deux films :
celui qui raconte sa vie :

celui de l'émission Apostrophe, que Bernard Pivot lui a consacrée, quelques temps après sa mort (clic vers youtube)

 

(*) Oh... et cette photo, qui a si bien su m'émouvoir...

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14 octobre 2014

dernière lecture : La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi

de Rachel Joyce

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3,5 etoiles

 
Présentation de l'éditeur :
Il était juste parti poster une lettre. Mais c’est mille kilomètres qu’il va parcourir à pied.
Un roman inoubliable qui a conquis le monde entier.
« Je suis en chemin. attends-moi. Je vais te sauver, tu verras. Je vais marcher, et tu vivras. »
Harold Fry est bouleversé par la lettre qu’il reçoit de Queenie Hennessy, une ancienne amie qui lui annonce qu’elle va mourir. Alors que sa femme, Maureen, s’affaire à l’étage, indifférente à ce qui peut bien arriver à son mari, Harold quitte la maison pour poster sa réponse. Mais il passe devant la boîte aux lettres sans s’arrêter, continue jusqu’au bureau de poste, sort de la ville et part durant quatre-vingt-sept jours, parcourant plus de mille kilomètres à pied, du sud de l’Angleterre à la frontière écossaise. Car tout ce qu’Harold sait, c’est qu’il doit continuer à marcher. Pour Queenie. Pour son épouse Maureen. Pour son fils David. Pour nous tous.
« Dans une langue précise et aérienne, Rachel Joyce conduit Harold des déserts amers du regret vers les hauteurs lumineuses de la rédemption avec une clairvoyance et une émotion presque insoutenables. » Sunday Times
 
Mon sentiment au sujet de ce roman :
A mon avis, ce texte s'apparente davantage à un conte qu'à un roman. Et j'avoue avoir bien failli abandonner très vite : je trouvais le héros, Harold, excessivement naïf et paumé. Traînant les pieds. Aucune envergure. 
Je trouvais ce récit sans intérêt. 
Et puis, avec lui, doucement, j'ai avancé d'un pas, puis d'un autre. Et, en me retournant, j'avais déjà fait pas mal de chemin, avec de belles rencontres. J'ai dormi dans une grange, admiré des paysages grandioses, écouté les animaux sauvages en pleine nature. C'était apaisant. Réconciliant. Et j'ai aussi supporté la présence d'un troupeau de pèlerins solidaires/parasites qui, sous prétexte de soutenir sa marche, ont détourné son pèlerinage en une espèce de farce indigeste (triste et risible, mais assez caricatural de ce qui se passe autour d'événements sur-médiatisés...). 
Et j'ai enfin compris pourquoi il avait tout ce chemin à faire (le plus grand trajet se réalisant dans sa tête).
Au final, je suis conquise. L'on retrouve, dans une version fort romancée, ce qu'avait déjà décrit Jean-Christophe Ruffin dans "Compostelle malgré moi" : la souffrance physique de la marche (les pieds sont sensibles...), la rapide clochardisation du marcheur, l'état méditatif, le détachement pour les biens matériels, les repas, la solitude, la présence des autres marcheurs, pas toujours bienvenue. Et la nature.
Au final : une belle lecture, qui mène à la réflexion, et qui est loin d'être aussi paisible qu'on pourrait le croire au premier abord...
 
Morceaux choisis :
"Il était sûr que s'il lui disait des choses dans la voiture, elle les garderait au chaud parmi ses pensées, sans porter de jugement ni s'en servir contre lui à l'avenir. Il supposait que c'était ça, l'amitié, et il regrettait de s'en être passé pendant tant d'années."
"Il lui aurait été plus facile de cesser de se lever. De se laver. De manger. C'était un effort permanent d'être seule."
"(...) chez les autres, c'était cette petitesse qui l'émerveillait et l'attendrissait, et aussi la solitude que cela impliquait. Le monde était constitué de gens qui mettaient un pied devant l'autre ; et une existence pourrait paraître ordinaire simplement parce qu'il en était ainsi depuis longtemps. Désormais, Harold ne pouvait plus croiser un inconnu sans reconnaître que tous étaient pareils et que chacun était unique ; et que c'était cela le dilemme de la condition humaine."
"Trop longtemps, il avait marché avec d'autres, écouté leur histoire, suivi leur itinéraire. Ce serait un soulagement de ne plus écouter que lui même."
16 août 2014

dernière lecture : Le secret du docteur Barry

de Sylvie Ouellette

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3,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Au XIXe siècle au Royaume-Uni, la jeune Margaret Bulkley afin de réaliser son rêve - devenir médecin - se fait passer dès son plus jeune âge pour un garçon. Engagée dans l'armée après de brillantes études, elle va, au cours de ses voyages, devenir une pionnière de la médecine préventive et un personnage aux excentricités réputées.
Mais comment vivre continuellement en camouflant son corps et ses pulsions de femme ; comment concilier sa véritable nature à la passion dévorante pour son métier ? 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
C'est un livre que j'ai lu avec plaisir, me sentant, je vous avouerai, un peu coupable d'y prendre plaisir... Oui mais voilà : c'était le début de mes vacances d'été, cela m'autorisant quelques écarts dans mes choix "littéraires". Parce que pour moi, ce roman-ci n'avait absolument rien de littéraire, mais s'apparentait davantage aux romans "à l'eau de rose" que je lisais parfois (...souvent !) adolescente (hey, jeune adolescente, hein !).  
J'en étais là, refermant le bouquin. Doucement repue. Doucement désolée de m'être laissée si facilement embarquer dans cette gentille histoire harlequinesque (scénario d'enfer : une jolie jeune fille rousse et sulfureuse, à l'intelligence exceptionnelle et à la force de caractère inébranlable, se fait passer pour un homme afin de devenir médecin, à une époque où aucune femme n'était autorisée à exercer ce métier. Aventure, rebondissements, histoire d'amour, camouflage d'un corps sensuel, mais interdit aux regards, tout y est !).
Jusqu'au moment où, curieuse comme je suis, j'ai découvert que Miranda Barry a bel et bien existé ! Ce roman raconte une histoire vraie !

Ah... ben si c'était un roman historique, alors, je n'ai plus aucun état d'âme.
Irais-je jusqu'à vous le conseiller ? Pourquoi pas... Mais seulement si vous êtes bon public !

Morceaux choisis :
"Je suis d'avis que c'est dans les geste plus que dans les mots qu'on perçoit la vraie grandeur d'une personne".
"Le monde en général tend à être en désaccord".

13 août 2014

dernière lecture : Le cahier de Maya

d'Isabel Allende

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4,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
« Je m'appelle Mayal Vidal : de sexe féminin, célibataire, j'ai dix-neuf ans, pas d'amoureux faute d'occasions et non par excès d'exigence, un passeport américain ; née à Berkeley, en Californie, je suis momentanément réfugiée dans une île au sud du monde. On m'a donné le prénom de Maya parce que ma Nini a une prédilection pour l'Inde et que mes parents n'ont pas trouvé autre chose, bien qu'ils aient eu neuf mois pour y réfléchir. En hindi, Maya signifie "sortilège, illusion, rêve". Rien à voir avec mon caractère. Attila m'irait mieux, parce que là où je pose le pied, l'herbe ne pousse plus. »

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Il y a cette citation, là... "Ce bouquet minuscule est parfait : un vase en verre, cinq fleurs, un insecte, la lumière de la fenêtre."
Voilà. 

Pour moi, ça, c'est tout Isabel Allende : avec deux-trois mots, elle vous propulse dans un univers. Comment ne pas le voir ? Comment ne pas le vivre, le ressentir ? Comment en sortir indemne ?
Le cahier de Maya est à l'image de cette toute petite phrase : rempli d'immensité. D'amour. De peur. D'acceptation. De vie !
Franchement, si vous avez ne serait-ce qu'une once d'hésitation, foncez ! Ce livre est un trésor...

Morceaux choisis :
"Il y a des moments où l'on n'a aucun contrôle sur sa propre vie, les choses arrivent, voilà tout."
"La stricte vérité peut être ennuyeuse."
"Il est naturel de s'extasier devant la couleur lorsqu'on vient du gris."
"Ce bouquet minuscule est parfait : un vase en verre, cinq fleurs, un insecte, la lumière de la fenêtre."

 

13 avril 2014

dernière lecture : Histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à voler

de Luis Sepulveda

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4 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Zorbas le chat grand noir et gros a promis à la mouette qui est venue mourir sur son balcon de couver son dernier œuf, de protéger le poussin et de lui apprendre à voler. Tous les chats du port de Hambourg vont se mobiliser pour l'aider à tenir ces promesses insolites.
A travers les aventures rocambolesques et drôles de Zorbas et Afortunada, on découvre la solidarité, la tendresse, la nature et la poésie.

Mon sentiment au sujet de ce (très court !) roman :
Bienvenue dans un monde parallèle ! 
Ce livre est bourré de poésie. Il se laisse lire le temps d'une très courte soirée, en procurant un sentiment de paix et un vrai plaisir. Haruki Murakami fait, lui aussi, parler les chats. Cela serait-il donc possible ? Plus je regarde mon chat, et plus je me dis que oui, peut-être...
;)
(ah... il paraît que c'est un livre écrit pour les enfants. Aucune importance ! Sur les adultes aussi, la magie opère...)

Morceaux choisis :
"Respire. Sens la pluie. C'est de l'eau. Dans ta vie tu auras beaucoup de raisons d'être heureuse, et l'une d'elles s'appelle l'eau, une autre le vent, une autre le soleil qui arrive toujours comme une récompense après la pluie. Tu sens la pluie ? Ouvre les ailes."
"Au bord du vide, elle a compris le plus important. (...) : seul vole celui qui ose le faire."
27 décembre 2013

dernière lecture : Le Montespan

de Jean Teulé

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1,5 etoile

Présentation de l'éditeur :
Au temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C'était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan…
Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu'il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l'homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d'assassinat, il poursuivit de sa haine l'homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme…

Mon sentiment au sujet de ce roman :
C
ôté écriture, je ne sais trop que dire. C'est un roman qui se lit (très !) facilement, Jean Teulé semblant être un véritable maître conteur, avec des scènes un brin paillardes, parfois absurdes, mais d'époque, semble-t-il (?). Souvent des moments loufoques, avec malgré tout un vrai plaisir de découvrir le côté sombre des courtisans corrompus, sales, débauchés. 
Côté historique, j'ai vraiment apprécié ! En me disant surtout que je suis décidément ravie de vivre à mon époque... 
Quant aux valeurs morales, ça n'avait pas l'air d'être la panacée au temps de Louis XIV (surtout à la cour du roi...). Tout ceci m'aura le plus souvent portée à sourire... Pourtant, ici, aucun passage n'a su m'émouvoir, vous n'aurez donc pas de "morceau choisi".

 

18 mars 2014

dernière lecture : La vérité sur l'affaire Harry Québert

de Joël Dicker

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3,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Un jeune écrivain américain à succès, mais en panne d'inspiration, part dans le New Hampshire tenter d'établir l'innocence de Harry Quebert, son mentor.Légendedes lettres américaines, ce dernier est accusé d'avoir assassiné vingt-cinq ans plus tôt sa (trop) jeune maîtresse... Argument de polar ? Oui, bien sûr. Et LaVérité surl'affaire Harry Quebert en est d'abord un, dont les six cent soixante-dix pages, écrites dans un style simple et clair, se dévorent comme les gros thrillersjudiciaires de Scott Turow.
Mais il n'est pas que cela : Joël Dicker, jeune auteur suisse révélé en début d'année par un thriller historique, Les Derniers Jours de nos pères, réussit en plus àglisser des notations habiles sur les Etats-Unis, sur sa littérature, son côté parfois fabriqué et ses compromissions. L'intrigue se resserre vite sur les rapportsentre le héros et son maître, et met en son centre l'idée de transmission et celle de la fabrique du talent. Il n'est pas exclu que, preuves à l'appui, Dicker ait aussiréussi à répondre à une des questions de son roman : comment écrit-on un (bon) livre à succès ? En tout cas, voici le sien sélectionné sur la première liste des jurés Goncourt.

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Envie de dire : bouquin bourré de rebondissements ! Impossible de le poser, quel que soit le moment de l'histoire. De là lui donner un prix, je ne crois pas que je serais allée jusque là. Et pourtant, en y réfléchissant... ll y a tellement de beaux passages. Les personnages prennent vie entre ces lignes (je pense à Jenny), et l'on comprend mieux le monde de l'édition qui incite jusqu'à l'usure ses écrivains. C'est un roman extrêmement prenant, jusqu'à la toute fin, ce qui est un véritable tour de force de l'auteur.
Mais vraiment, je n'ai pas aimé le personnage de Nola-amoureuse, mais problablement est-ce ainsi que les filles de 15 ans aiment... Un avis qui reste mitigé, donc, à cause de cette histoire d'amour gnangnan-harlequinesque, pourtant pilier central de toute cette histoire, à laquelle j'ai encore un mal fou à croire...

Morceaux choisis :
"Où que vous fuyiez, vos problèmes s'invitent dans vos bagages et vous suivent partout".
"On a la vie qu'on se choisit"
"Le don de l'écriture est un don non pas parce que vous écrivez correctement, mais parce que vous pouvez donner du sens à votre vie"
"Au cas où vous ne l'auriez pas encore remarqué, la vie, d'une manière générale, n'a pas de sens. Sauf si vous vous efforcez de lui en donner un et que vous vous battez chaque jour que Dieu fait pour atteindre ce but".
"Vous savez ce qu'est un éditeur ? C'est un écrivain raté dont le papa avait suffisamment de fric pour qu'il puisse s'approprier le talent des autres".
"(..) elle l'aimait Elle le savait. C'était un sensation qui ne trompait pas, il n'y en avait aucune autre pareille : elle se sentait différente, elle se sentait plus heureuse ; les journées lui semblaient plus belles Et surtout, lorsque'il était là, elle sentait son coeur battre plus fort."
"Personne n'est libre. Si les gens étaient libres, ils seraient heureux".
"Tout ce que je sais c'est que la vie est une succession de choix qu'il faut savoir assumer ensuite"
"Personne n'est libre, mon garçon Nous sommes prisonniers des autres et de nous-mêmes".
"(..) que le monde des livres était passé du noble art de l'imprimerie à la folie capitaliste du XXe siècle, que désormais un livre devait être écrit pour être vendu, que pour vendre un livre il fallait qu'on en parle, et que pour qu'on en parle il fallait s'approprier un espace qui, si on ne le prenait pas soi-même par la force, serait pris par les autres Manger ou être mangé."
"Je ne sais pas si ce sont les écrivains qui sont seuls ou si c'est la solitude qui pousse à écrire".
"Au fond, le seul à savoir si Dieu existe ou n'existe pas, c'est Dieu lui-même".
"On n'est jamais sûr de rien (..). C'est pour ça que l'existence est parfois si compliquée".
"Personne ne sais qu'il est écrivain. Ce sont les autres qui le lui disent"
"La liberté, l'aspiration à la liberté est une guerre en soi".
"Qui ose, gagne".
"La vérité ne change rien à ce que l'on peut éprouver pour autrui. C'est le grand drame des sentiments".
"L'amour donne du sens à la vie Quand on aime, on est plus fort ! On est plus grand ! On va plus loin !"
"Un bon livre ne se mesure pas à ses derniers mots uniquement, mais à l'effet collectif de tous les mots qui les ont précédés. Environ une demi-seconde après avoir terminé votre livre, après en avoir lu le dernier mot, le lecteur doit ses sentir envahi d'un sentiment puissant ; pendant un instant, il ne doit plus penser qu'à tout ce qu'il vient de lire, regarder la couverture et sourire avec une pointe de tristesse parce que tous les personnages vont lui manquer. Un bon livre est un livre que l'on regrette d'avoir terminé".

23 janvier 2014

dernière lecture : Plonger

de Christophe Ono-Dit-Biot

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Présentation de l'éditeur :
Ils l’ont retrouvée comme ça. Nue et morte. Sur la plage d’un pays arabe. Avec le sel qui faisait des cristaux sur sa peau. Une provocation. Une invocation. À écrire ce livre, pour toi, mon fils. ».
Un homme enquête sur la femme qu’il a passionnément aimée. Elle est partie il y a plusieurs mois, pour une destination inconnue, le laissant seul avec leur petit garçon. Quand le roman s’ouvre, on l’appelle pour lui dire qu’on l’a retrouvée morte, sur une plage, près des vagues, vraisemblablement noyée, dans un pays lointain au paysage minéral qui pourrait être l’Arabie. Elle était artiste, elle s’appelait Paz. Elle était solaire, inquiète, incroyablement douée. Elle étouffait en Europe. Pour son fils, à qui il doit la vérité sur sa mère, il remonte le fil de leur amour - leur rencontre, les débuts puis l’ascension de Paz dans le monde de l’art, la naissance de l’enfant – et essaie d’élucider les raisons qui ont précipité sa fin.

Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2013

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Je crois que je vais avoir du mal à exprimer mon sentiment... Je suis toute tourneboulée, et je crois qu'il faut que je remette doucement mes idées en place. 
Vous dire que j'ai avancé vers l'adoration totale, alors qu'au départ ma lecture était très mitigée, voire très critique, distante. Aucune envie de m'imprégner, de poursuivre : trop de clichés, d'étalage de connaissances dans tous les domaines, y compris linguistique : on finit par se sentir ridiculement inculte, c'est vexant, à la fin ! 
Sauf que "Monsieur" se fait durement remettre à sa place par les gens, par la vie, et il en prend même plein la figure. Tellement violemment qu'il en perd sa superbe et devient humain, fragile, enfin accessible, aurais-je envie de dire. Parce que vient alors le moment où il devient possible d'aborder les choses simples, un monde où l'instant compte, où l'on ne cesse de s'émerveiller… L'auteur, par un tour de passe passe, nous hypnotise jusqu'à nous donner cette impression d'être au cœur des choses. Voir souffrir César nous désole et nous touche, profondément. Le voir aimer jusqu'à ce point de non-retour est très émouvant. Très dur à contempler, sinon impuissants...
J'ai aussi aimé ce roman qui aborde, l'air de rien, de nombreuses préoccupations contemporaines, qui met le doigt sur l'art, sur la fragilité de la vie et de l'amour. Sur la vie sous-marine qui nous propulse dans un autre monde, cela me donnerait presque envie d'y retourner faire un tour, dans ce monde subaquatique merveilleux, même si j'ai une peur viscérale de l'eau...
Plonger, quel titre inspiré ! 
Parce que oui : ici on plonge, littéralement, vers un univers qu'il ne sera plus jamais possible d'oublier.

J'ai bien aimé l'analyse de Leiloona Bricabook, qui aborde sa lecture avec un autre regard (également enthousiaste). 

 

Morceaux choisis :
"Dans la vie, n'attends pas que le destin te prenne en charge. Le destin te regarde, il sera séduit s'il te voit entreprendre, il sera bon compagnon et te filera un coup de main, mais c'est à toi de faire le premier pas. Même si c'est absurde."
"C'est fou ce que l'argument professionnel rassure les gens quand leur conscience leur dit que ce qu'ils ont fait n'est pas bien. C'est fou ce que ça les empêche de se rebeller, aussi..."
"La plupart des gens, autour de moi, portaient des casques. Certes, pour la musique, mais quand même, des casques, comme s'il fallait se retrancher du monde pour pouvoir le supporter."
"Les réseaux sociaux nous serinaient le mot "partage", nous faisant croire aux mirages d'un monde où tout serait mis en commun, alors que c'était tout le contraire".
"Il semble que l'être humain s'épuise aux yeux de l'autre comme s'épuisent les gisements d'or. On ne trouve plus d'or en l'autre, alors on le quitte".
"On méprise le mot "spécialité". Mais tant que ce mot existera, cela suffira à nous faire comprendre que le monde est encore divers".
"Quelle est son histoire ?" demanda ta mère, que j'aimais aussi pour ça : elle mettait de l'humain dans tout. Chaque homme, chaque femme avait une histoire, un drame, un bonheur qui expliquait sa façon d'être".
"Un artiste n'a pas à parler. L'oeuvre parle d'elle-même".
"Je ne crois pas, en effet, que notre époque puisse se raconter sous la forme d'un roman. Il faut un minimum de narration, et ce monde-ci, toujours entrecoupé par la réception d'un SMS, d'un mail, ne raconte plus grand chose dans la longueur. La seule chose qui y soit continue, c'est l'interruption".
"Terrible quand même, cette non-réciprocité de l'émotion, ces coups de foudre individuels".
"Notre corps ne s'arrête pas à notre corps".
"On ne décide pas du sommeil. Il vient, ou il  ne vient pas".
"[...] dit qu'il poursuit ce moment de notre vie où l'on n'a pas de doutes, où l'on ne juge pas, où il y a juste à accepter le monde, à vivre simplement les choses comme elles sont. Il a même une définition de l'art que je trouve très belle : "L'art est cette quête permanente de l'effacement de l'anxiété".
"La vie, pour moi, c'est sans les hommes, sans les cornets de glace, les parasols, la bière, les sandwichs. La nature libérée de l'humanité..."
"Je t'aime, Paz", ai-je dit. Elle a répondu : "Ce que tu viens de dire est très grave".
"[...] Dans le domaine de l'art, on aime toujours pour des motivations privées. Parce que les œuvres, qu'elles soient filmiques ou graphiques, remuent des choses en vous".
"Mais il faut bien quelqu'un pour la regarder, la nature".
"Remets-toi, sans cesse, dans le chemin de l'essentiel. Balance le reste. La vie est trop courte".
"La presse [...] c'est la parole à l'état de foudre ; c'est l'électricité sociale".
 

 

Ouah ! Christophe Ono-dit-Biot a exactement les traits que je donnerais à César (le héros du roman "Plonger"). Le voici, présentant les raisons qui pourront vous pousser à lire, vous aussi, ce magnifique roman.

21 décembre 2013

dernière lecture : La couleur pourpre

d'Alice Walker

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Présentation de l'éditeur :
Depuis leur séparation, depuis des années, Nettie et Celie, deux jeunes Noires, soeurs tendrement unies, n'ont cessé de s'écrire. Mais aucune missive, jamais, n'est parvenue ni à l'une ni à l'autre.
C'est que Celie, restée là-bas, près de Memphis, subit la loi d'un mari cruel qui lui cache toutes ces lettres venues d'Afrique - où Nettie est missionnaire. Alors Celie, la femme-enfant, écrira via le bon dieu, qui, lui, sait tout... Pourquoi, entre elles, cette correspondance déchirante et sans fin, obstinée, presque immatérielle ?

Mon sentiment au sujet de ce roman :
"Et alors ? S'il (le bon Dieu) ouvrait ses oreilles toutes grandes pour écouter les femmes noires, le monde ça serait quand même autre chose, c'est moi que j'te l' dis" !
Elle parle mal, les hommes la font souffrir,  la vie la malmène mais en même temps la porte et la fait avancer. Pourtant, jamais elle ne perd espoir. Battue, humiliée, maltraitée, Célie supporte tout en silence, avec dans son cœur ces lettres adressées au bon dieu, et l'espoir insensé de revoir un jour sa sœur Nettie. Le tout sur un ton qui reste malgré tout enjoué, critique, intelligent.
C'est vraiment un très beau roman, écrit sous forme de lettres adressées au bon dieu, où la condition de la femme noire, au début du 20e siècle est crûment et durement décrite. 

Morceaux choisis :
"Shug a raison quand elle dit qu'il faut d'abord chasser l'homme de devant son oeil, pour y voir plus clair. 
L'homme il se met partout et il pourrit tout. Il est sur ta boîte de céréales, dans ta tête, sur toutes les radios Il veut te faire croire qu'y a que lui partout. Et quand tu le crois, alors tu penses que Dieu c'est lui. Mais c'est pas vrai Donc quand t'as envie de prier et que l'homme se met devant toi comme si c'était pour lui, envoie le balader. Pense aux petites fleurs, au vent, au l'eau, à un gros caillou. Mais c'est pas facile, laisse-moi te l'dire. ça fait si longtemps qu'il est là, il veut pas bouger. Et il menace le monde avec les éclairs, les inondations,les tremblements de terre."
"Tu sais, la méchanceté ça vous tue un homme"
"Tout le monde apprend quelque chose de la vie."

En 1985, Steven Spielberg a imaginé un film à partir de ce récit :

 
25 novembre 2013

dernière lecture : D'acier

de Sylvia Avallone

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Présentation de l'éditeur :
Anna et Francesca ont treize ans, presque quatorze. C’est l’été à Piombino, ville désolée de Toscane bien loin de l’image de carte postale que l’on peut s’en faire quand on n’est pas d’ici. Chez elles, pas de vignes et Florence et son art sont bien loin. Leur quotidien : des barres d’immeubles insalubres et surtout l’aciérie, personnage monstrueux qui engloutit jour et nuit tous les hommes du coin.
Les hommes, ils ne sont pas à l’honneur dans le roman de Silvia Avallone. Le père d’Anna est un fantôme, un voyou du dimanche qui réapparait quand ça lui chante. Celui de Francesca nous est présenté dès les premières lignes, puissantes, comme un homme qui épie sa fille aux jumelles pendant qu’elle joue sur la plage, obsédé par ce corps qui se transforme, irrémédiablement, malgré les coups qu’il lui porte, ce géant sans cervelle.
Mais Anna et Francesca, les reines de la cité, éclaboussent toute cette laideur de leur jeunesse insolente. Treize ans et demi mais déjà starlettes, elles jouent de cette aura qu’elles savent par instinct éphémère, avant que la réalité des autres ne les rattrapent. En attendant, elles rêvent. D’être écrivain ou femme politique pour l’une, de passer à la télé de Berlusconi pour l’autre, ou simplement d’aller ensemble, pour la première fois à l’île d’Elbe, inaccessible et pourtant à quelques brasses de leur cité plombée.
Autour d’elles, il y a aussi le grand-frère d’Anna, Alessio, Apollon échoué au royaume d’Hadès, amoureux abandonné, déjà usé à vingt ans par des années passées au haut fourneau, à faire couler l’acier et à se défoncer pendant les pauses. Sandra, leur mère, la militante d’extrême gauche, qui assure et qui se maudit d’aimer malgré tout son vaurien de mari. Rosa, enfin, la mère de Francesca, la petite calabraise arrachée à son village par Enrico, cet homme fruste qui les enferme dans sa folie et qu’elle ne quitte pas. Pour aller où ? C’est trop tard semblent-ils tous penser. Les parents, les vieux, les grands-frères, résignés, lassés, tous. Pas Anna et Francesca, pas si elles sont deux, toujours.
« D’acier » est un roman physique, qui vous happe dès la première page, pour vous relâcher, quatre cents pages plus tard, un peu sonné, avec le sentiment d’être face à un futur grand écrivain qui, à tout juste vingt cinq ans, fait preuve d’un sens de la narration assez exceptionnel et d’une capacité à saisir l’essence de l’adolescence, ces amitiés fusionnelles qui nous construisent et cette obsession de la beauté, cette fascination régressive qu’elle peut susciter chez ceux qui n’en sont plus.
D’acier pourrait n’être qu’un portrait social sombre d’une Italie de banlieue, de laissés pour compte sans envergure, pauvres humains tentant de se dépêtrer d’un monde qu’ils n’ont pas vu venir. Il est bien plus que cela. L’acier est constitué d’au moins deux éléments. D’acier aussi : d’une réalité désespérante et d’une petite poésie qui s’élève malgré tout, et l’ensemble, ça donne un sacré bon roman.

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Un entre-deux déroutant, désolant et sombre sous une apparente légèreté. Tout est en équilibre instable. Ici, les jeunes ont des tempéraments trempés dans l'acier et pourtant ils sont si fragiles. Et, tels qu'existant dans le récit, si proches de nous, aussi. L'auteur nous rend les personnages tangibles, réels, vivants. Elle montre du doigt la vie nuancée et mouvante. Allant parfois vers le meilleur, parfois vers le pire. Où il faut garder l'espoir, quel que soit l'endroit où l'on vit.

Morceaux choisis :
"ça fait bizarre, dit Anna. Regarde la haie, c'est plein de ronces. Les endroits aussi, ça vieillit".
"Il y a toujours tellement d'attente dans la tête de chacun, à certaines fêtes. Logique que ça dégénère".
"Ce qu'il aimait, c'était observer. Le diable est dans les détails, comme il avait entendu dire ça lui avait bien plu cette phrase".
"C'est bizarre. Parfois il faut un tremblement de terre, un cataclysme. Comme dans les éclipses de soleil, quand tout est bouleversé et que les animaux se sauvent, que la nature s'affole. Les éléments étrangers se rapprochent."

2 novembre 2013

dernière lecture : Le dos crawlé

d'Eric Fottorino

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Présentation de l'éditeur :
Eté 1976, sur la côte atlantique, dans la région de Royan. C'est Marin, treize ans, qui raconte : son amitié amoureuse avec Lisa, dix ans ; son oncle Abel, brocanteur, chez qui il passe les vacances tandis que ses parents travaillent aux champs, en Corrèze ; Plouff le chien et Grizzly le chat ; les premières cigarettes, les premiers baisers ; madame Contini, la mère de Lisa, une drôle de bourgeoise aux moeurs très libres... Ce nouveau roman d'Eric Fottorino décrit le monde des adultes vu par le regard d'un enfant, à la fois naïf et curieux. L'auteur compose une espèce de huis clos entre deux gosses liés par un amour très pur, face à une réalité pas toujours drôle ni intelligible...

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Etrange... (je ne sais pas si je ne suis pas même un peu déçue...)
C'est un roman facile à lire, plutôt agréable, qui nous emmène (qui dérive ?), tranquillement vers l'inacceptable... Beaucoup de souffrance et de malveillance dissimulée... derrière une apparente légèreté et la douceur de vivre d'un bel été. 
Ne jamais se fier aux apparences...

 

Morceau choisi :
"Je mourais de peur et je mourais d'envie en tout cas je mourais".
31 octobre 2013

être lié à la terre

  

"Etre lié à la terre ne signifie point que l'on ne puisse grandir
Au contraire, 
cela en est même une condition sine qua non.

Nul arbre noble et de haute futaie n'a jamais renoncé à ses racines obscures.
Non seulement il pousse vers le haut,
mais aussi vers le bas."

Jung ( L'Âme et la Vie )

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Photo octobre 2013

3 juin 2013

dernière lecture : Le froid modifie la trajectoire des poissons

Par Pierre Szalowski

Le froid modifie la trjectoire des poissons

1,5 etoile

Présentation de l'éditeur :
En janvier 1998, un garçon de 10 ans refuse la séparation de ses parents. Il prie le ciel de lui venir en aide, mais quand une pluie verglaçante mémorable s'abat sur le Québec, il a l'impression que le ciel n'a fait que compliquer les choses. Premier roman.
Quatrième de couverture
Le froid modifie la trajectoire des poissons « J'ai regardé le ciel. Il était gris et noir. Je ne l'ai pas lâché des yeux. J'étais si petit, il était si grand. » 4 janvier 1998, Montréal. Un garçon de dix ans apprend que ses parents vont se séparer. Désespéré, il demande au ciel de l'aider. Le lendemain, débute la plus grande tempête de verglas que le pays ait jamais connue. Si ce déluge n'empêche pas son père de quitter la maison, des événements incroyables ou anodins vont peu à peu faire basculer la vie du voisinage vers le meilleur...

Mon sentiment au sujet de ce roman :
...J'ai envie de dire "facile". Pas du tout intello, mais reposant. 

Morceaux choisis :
"Lorsque l'on tire sur un fil d'une pelote de laine emmêlée, parfois elle se dénoue d'un coup, parfois le noeud devient plus gros encore. C'est comme la vie, les petits gestes peuvent entraîner de grandes choses. Et des fois le même geste n'aura pas le même effet."
"On ne choisit pas son chemin, les autres le font pour nous."
"C'est très intellectuel de prendre les autres pour des cons."
28 mars 2013

dernière lecture : Inassouvies nos vies

De Fatou Diome

 

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Présentation de l'éditeur :
Betty passe son temps à observer l'immeuble d'en face. Son attention se focalise sur une vieille dame ; à son air joyeux, elle la baptise Félicité et se prend d'affection pour elle. Lorsque Félicité est envoyée contre son gré dans une maison de retraite, Betty remue ciel et terre pour la retrouver. Une véritable amitié va les lier. Une nouvelle va plonger Félicité dans le mutisme. Impuissante, Betty prend du recul et part quelques jours. A son retour, Félicité n'est plus. Betty sombre dans la mélancolie. Une rencontre la sort du spleen : l'ami, qu'elle va aimer comme on aime un homme qu'on ne touchera jamais, car le voir suffit. Mais la vie fait ses trous de dentelle ; au vide de trop, c'est le déclic : Betty largue les amarres, disparaît, on ne sait où. Chez elle, seule la musique, la kora, répond aux questions : inassouvie, la vie, puisqu'il y a toujours un vide à combler.

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Je ne sais pas comment j'ai réussi à finir ce roman. C'était loooonnnng... Sans doute les très jolis mots de l'auteur m'auront soutenue dans mon effort (oui-oui, vous pouvez rire, ça n'a pas été gagné d'avance...). C'est aussi d'une tristesse... ! Et à mon avis beaucoup trop moralisateur (quoi que, si l'on écoute le plaidoyer d'Alma Adilon au sujet de la vieillesse, Fatou Diome et elle tiennent le même discours !).
Et puis ce mot, "inassouvi", qui revient à tout bout de champ : sûrement un effet stylistique auquel, je dois dire, ne suis pas du tout réceptive.
J'aurai essayé (jusqu'au bout !).

Morceaux choisis :
Un carré de nuages découpé dans un velux suffit à l'esprit pour concevoir l'azur.
Vivre, c'est un ciel sans soleil pour qui n'a pas la faculté de se tenir prêt à aimer.
La lucidité : c'est souffrir par son intelligence
La nature fait comme bon lui semble, tant pis pour ceux qui ne sont pas d'accord avec elle.
Il est des douleurs qui assassinent,en silence.
L'âge ingrat, ce n'est pas l'adolescence, mais celui qui ralentit les pas et limite la liberté à l'ampleur des gestes.
Les vieux ne radotent pas, ils sèment plusieurs fois plutôt qu'une, car ils savent qu'ils détiennent des trésors en voie de disparition.
Toute peine née d'un libre choix devient facile à supporter.
Parler, c'est accepter le devenir vulnérable, il importe donc de savoir devant qui l'on s'exprime.
En restant attentif, on peut lire tous les états d'âme entre le front et le menton, décrypter le monde dans un battement de cils. Les mots ne font que compléter l'expression du visage, l'essentiel tient dans un sourire ou un rictus.
Même quand on n'est pas sain, on n'aime pas les microbes des autres.
Il faut un tremblement de terre dans la tête d'un auteur pour faire sentir un frisson au lecteur.
Il y a toujours une bonne amie pour vous défenestrer quand vous avez peur du vide, celle qui dit : en tant qu'amie je me sens obligée de te parler franchement...
Le rire est un tuteur, une colonne vertébrale qui redresse les choses.
Tout lien est une blessure à venir.
Le mutisme n'est qu'un autre bavardage, celui de l'esprit.

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