jeudi 13 novembre 2014

dernière lecture : La promesse de l'aube

de Romain Gary

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4,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
"-Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D'Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !
Je crois que jamais un fils n'a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j'essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu'elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l'Armée de l'Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j'entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :
-Alors, tu as honte de ta vieille mère ?"

Mon sentiment au sujet de ce roman :
J'ai été complètement subjuguée par cette lecture, à l'humour à la fois ironique et féroce, aux tournures simples, évidentes, et pourtant tellement subtiles, à l'histoire émouvante. Tout au long de cette auto-biographie (qui se lit comme un roman) (mais d'ailleurs la vie entière de Romain Gary en est un...) : de l'autodérision, de l'amour, de la passion, des rêves, mais aussi du chagrin, de la souffrance, de la peur. Des sentiments.
Une vie.
Mais quelle vie !
Et pour moi, la découverte de cet homme multiple : conteur, bien sûr, mais aussi pilote de chasse, ambassadeur, enfant chéri, russe, polonais, français, double prix Goncourt, et j'en passe. A la fin de cette lecture, je l'adorais, déjà troublée, avant même d'avoir admiré son visage, magnifique (*).

Cet homme est une légende, qu'il a magnifiquement su conter lui-même.

 

Morceaux choisis :
"Ce que je veux dire, c'est qu'elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n'ai jamais su où aller depuis."
"Je feins l'adulte, mais, secrètement, je guette toujours le scarabée d'or, et j'attends qu'un oiseau se pose sur mon épaule, pour me parler d'une voix humaine et me révéler enfin le pourquoi et le comment".
"Parfois, je lève la tête et regarde mon frère l'Océan avec amitié : il feint l'infini, mais je sais que lui aussi se heurte partout à ses limites, et voilà pourquoi, sans doute, tout ce tumulte, tout ce fracas".
"Ce fut sans doute ce jour-là que je suis né en tant qu'artiste, par ce suprême échec que l'art est toujours, l'homme, éternel tricheur de lui-même, essaye de faire passer pour une réponse ce qui est condamné à faire demeurer comme une tragique interpellation".
"Je suis convaincu que les frustrations éprouvées dans l'enfance laissent une marque profonde et indélébile et ne peuvent plus jamais être compensées".
"Evidemment, dans votre quarante-cinquième année, il est un peu naïf de croire à tout ce que votre mère vous a dit, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je n'ai pas réussi à redresser le monde, à vaincre la bêtise et la méchanceté, à rendre la dignité et la justice aux hommes, mais j'ai tout de même gagné le tournoi de ping-pong à Nice, en 1932, et je fais encore, chaque matin, mes douze tractions, couché, alors il n'y a pas lieu de se décourager."
"Je regardai la mer. Quelque chose se passa en moi. Je ne sais quoi : une paix illimitée, l'impression d'être rendu. La mer a toujours été pour moi, depuis, une humble mais suffisante métaphysique. Je ne sais pas parler de la mer. Tout ce que je sais, c'est qu'elle me débarrasse soudain de toutes mes obligations. Chaque fois que je la regarde, je deviens un noyé heureux."
"J'ai même rendu de grands services à l'humanité. Une fois, par exemple, à Los Angeles, où j'étais alors Consul Général de France, ce qui impose évidemment certaines obligations, en entrant un matin dans le salon, j'ai trouvé un oiseau-mouche qui était venu là en toute confiance, sachant que c'était ma maison, mais qu'un coup de vent, en fermant la porte, avait emprisonné entre les murs pendant toute la nuit. Il était assis sur un coussin, minuscule et frappé d'incompréhension, peut-être désespéré et perdant courage, et il était en train de pleurer d'une des voix les plus tristes qu'il me fût jamais donné d'entendre, car on n'entend jamais sa propre voix. J'ai ouvert la fenêtre et il s'est envolé et j'ai rarement été aussi heureux qu'à ce moment-là".

 


 

Pour en savoir un peu plus sur cet auteur :

un article vraiment très intéressant et complet : http://laregledujeu.org/2014/11/04/18191/le-cas-gary/

deux films :
celui qui raconte sa vie :

celui de l'émission Apostrophe, que Bernard Pivot lui a consacrée, quelques temps après sa mort (clic vers youtube)

 

(*) Oh... et cette photo, qui a si bien su m'émouvoir...

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mardi 21 octobre 2014

dernière lecture : La liseuse

de Paul Fournel

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5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
La stagiaire entre dans le bureau de Robert Dubois, l'éditeur, et lui tend une tablette électronique, une liseuse.
Il la regarde, il la soupèse, l'allume et sa vie bascule. Pour la première fois depuis Gutenberg, le texte et le papier se séparent et c'est comme si son coeur se fendait en deux. 
---
Depuis 1452 et la parution de la Bible à 32 lignes de Gutenberg, le texte et le livre ont partie liée : publier un texte c'est faire un livre, lire un livre, c'est lire un texte, acheter un texte, c'est acheter un livre.
Ce récit commence le soir où la petite stagiaire discrète apporte à Robert Dubois le vieil éditeur, encore directeur de la maison qui porte son nom, sa première liseuse. Ce bel objet hightech qui le regarde de son écran noir, lui annonce que sa vie est en train de basculer. Que va devenir son métier maintenant que le texte et le papier se séparent ? Quelque chose couve qui pourrait fort bien être une révolution. Il le sait et cette perspective le fait sourire.
La vie continue pourtant à l'identique, Dubois déjeune avec ses auteurs, voyage chez les libraires, rencontre les représentants, mais il porte sa liseuse sous le bras qui lui parle déjà d'un autre monde. Celui qu'il va aider des gamins à bâtir, celui dont il sait qu'il ne participera pas.
De toute la force de son humour et de son regard désabusé et tendre il regarde changer son monde et veille à garder, intact au fond de lui, ce qui jamais ne changera : le goût de lire.

 

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Très beau texte. 
Pas du tout celui auquel je m'attendais. Je ne sais plus trop pourquoi, j'avais cru comprendre qu'il s'agissait d'un genre d'étude comparative sur les liseuses (moi qui deviens inséparable de la mienne, le sujet me tentait bien...).
Bref : rien de tout cela. 
(Mais un peu quand même ?) 
En premier lieu, ce monde de l'édition (dans lequel je baigne quotidiennement), et qui n'est pas si rose, et qui se pose pas mal de questions sur son devenir "papier". le tout numérique est-il envisageable ? le monde ultra connecté est-il le seul possible, désormais ? Ne devons-nous plus, dès lors, nous adresser qu'aux jeunes (loups) (geeks) pour avoir les idées salvatrices, celles qui sauveront le "livre" ? 
Quid alors du "vieux" ? (voui voui... : le salarié, dans cette fameuse maison d'édition, mais aussi l'omniprésent, palpable, rassurant et esthétique livre papier...)
Je vous avouerai être pas mal divisée sur le sujet (du livre ! parce que le "vieux" salarié, pas de doute : il est au top ! ;).
Le livre-papier est pour moi irremplaçable, formant un tout : palpable, harmonieux, odorant. corné ou pas, rempli de sable, de senteurs, ou encore d'annotations. Souvent passé entre d'autres mains. Prêté. Chiné. Puis précieusement rangé dans la bibliothèque. Il est là. Il est beau. Il nous attend. En un mot : il est vivant. 
Mais La liseuse... C'est sûr : les textes sont beaucoup plus "virtuels" : à peine lus, pschhhh, "supprimer le fichier" : disparus. Pourtant, le plaisir de lire est bien là. le même ancrage se produit. Et vous avouer aussi que le soir, quand les yeux fatiguent (et que l'on a passé 40 ans !) la lecture est tellement plus facile... Ma liseuse m'a permis de retrouver le chemin de la lecture, quand la nuit est déjà tombée (moi qui m'interdis de lire pendant la journée : je ne ferais plus que ça !).
Enfin (rien à voir) : cet éditeur a immédiatement été, pour moi, celui déjà rencontré dans un roman de Patrick Cauvin (Belange). Pourtant, rien à voir, sinon la solitude, dans l'immense bureau du décideur.
C'est étonnant, un cerveau, les chemins qu'il prend, les liens qu'il crée, les images qu'il impose, surprenantes, parfois. Les associations d'idées, finalement pas si saugrenues. Et les souvenirs.

Et puis toutes ces portes qui s'ouvrent, particulièrement avec les livres (papiers ou epub).
Et dont est question dans ce roman, avec humour et brio.

 

 
Morceaux choisis :
"(...) il faut que tu saches comme c'est long et comme c'est emmerdant de faire un livre. Même un mauvais livre. Surtout un mauvais livre".
"J'habite à 788 pas de mon bureau ce soir".
"L'artichaut est un légume de solitude, difficile à manger en face de quelqu'un, divin lorsqu'on est seul. Un légume méditatif, réservé aux bricoleurs et aux gourmets. D'abord du dur, du charnu, puis, peu à peu, du plus mou, du plus fin, du moins vert. Un subtil dégradé jusqu'au beige du foin qu'un dernier chapeau pointu de feuilles violettes dévoile. La vinaigrette qui renouvelle son goût au fil des changements de texture. Un parcours que l'on rythme à sa guise. Rien ne presse dans l'artichaut. On peut sucer une feuille pendant plusieurs minutes, jusqu'à l'amertume, on peu, au contraire, racler des incisives la chair de plusieurs feuilles à la suite pour se donner une bouchée  consistante. La seule figure interdite est celle de l'empiffrement. Un légume qui a ses règles d'élégance. Puis vient le moment distrayant de l'arrachage. Saisi entre pouce et couteau, le foin cède en petites touffes nettes, libérant le coeur de toute sa toison en une sorte de saisissant raccourci amoureux. Enfin arrive le moment de la récompense : à la fourchette et au couteau on peut entrer dans le coeur du légume (...). Y a t-il seulement une place digne pour l'artichaut dans la littérature ? Un volume, une page, un paragraphe ? A vérifier dès ce soir".
"Lorsque j'aurai terminé la lecture du dernier mot de la dernière phrase du dernier livre, je tournerai la dernière page et je déciderai seul si la vie devant moi vaut encore la peine d'être lue."
 

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vendredi 17 octobre 2014

dernière lecture : Profanes

de Jeanne Benameur

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5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Ils sont quatre, ils ne se connaissent pas mais ils vont rythmer la vie du docteur Octave Lassalle qui les a soigneusement choisis comme on compose une équipe -- comme avant autour de la table d'opération, mais cette fois-ci, c'est sa propre peau qu'il sauve, sa propre sortie qu'il prépare. Ensemble, cette improbable communauté progressivement tissée de liens aussi puissants qu'inattendus, franchira un seuil, celui des blessures secrètes. 
Un hymne à la vie et un plaidoyer pour la seule foi qui vaille : celle de l'homme en l'homme.

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Je n'en peux plus. J'ai envie de les dévorer très vite, ces mots, mais aussi de les déguster le plus délicatement possible, tant ils me semblent précieux. J'ai rarement ces sensations-là, en ouvrant un roman. Mais là, c'en est presque douloureux. Je viens de trouver un texte dont les mots résonnent violemment en moi. Tous les mots. Dès la première page. C'est terrible de bonheur, et le bonheur est une donnée tellement fugace que j'ai peur d'en diluer l'essence ne serait-ce qu'en essayant d'expliquer ce que j'ai ressenti ici.
Parce que mon dieu, quel roman magnifique ! Sélectionner quelques citations est pour moi une vraie torture ! Le livre entier est un génie d'écriture.
Comme une porte ouverte. Qui donne envie de connaître encore tellement de choses... C'est là que l'on se sent minuscule : plus l'on s'instruit (en lisant, en écoutant de la musique, en découvrant de nouveaux artistes), et plus l'on voit devant quel gouffre de connaissances on se présente. C'est à la fois étourdissant et excitant. Mais aussi effrayant... Je n'aurai jamais assez de temps.
L'histoire est tellement fluide... et pourtant percutante. Les personnages sont beaux, jusque dans leur âme.
Roman jubilatoire. Il faut le lire pour comprendre. Doucement, si possible (mais c'est impossible...). Le relire très vite, alors...

 

Avec ce roman, j'ai découvert pas mal de choses:
- l'univers photographique d'Alexandre Hollan ("Je suis ce que je vois" ...ah mais oui, de cela je suis certaine !)
- les portraits de Fayoum, dont j'avais entendu parler. Je suis aller voir un peu plus loin de quoi il en retourne... : http://jfbradu.free.fr/egypte/LA%20RELIGION/LE%20FAYOUM/LE%20FAYOUM.php3

Et puis, moi qui ai toujours voulu écrire des haikus, cela me donne encore davantage envie de m'y mettre. Il faudrait alors que quelqu'un m'apprenne... Il y a bien ce site http://www.haikunet.org/, qui donne beaucoup de clés, mais rien ne vaut le partage, je crois...

 

Morceaux choisis : (oh là là, pardon, j'ai essayé de limiter, mais les mots écrits dans ce roman sont si beaux que, même en me limitant, cela déborde de tous les côtés... Picorez, si cela vous semble trop long.)
"(...) ce qui a été est. A l'intérieur. Pour toujours. Pourquoi s'en priver ?"
"On ne peut donc jamais en sortir de cette possession qui empoissonne, dès qu'on s'attache ?"
"Quand on laisse la souffrance vous prendre trop longtemps, on finit par être paresseux de sa propre vie".
"La peur du désastre fait partie de l'aventure. On peut sauver ou ruiner toute une vie quand on prend le risque".
"Il n'y a aucune intention dans un paysage. Il n'y a aucune intention dans la ramure d'un arbre et ça, c'est un repos".
"(...) chacun observe l'autre et on ne sait jamais ce qui de nous sera retenu, à notre insu".
"Quelqu'un d'autre peut-être, invisible, derrière le rideau d'une fenêtre ou sur un balcon, une terrasse, regarde la même chose qu'elle, au même moment, ou bien a regardé, un jour, et elle aime partager ces choses impalpables. Elle se dit que la ville est faite de croisements invisibles. La peinture est là pour les révéler, c'est tout".
"Elle a toujours pensé que les mots détenaient une puissance qu'on ne voulait pas connaître vraiment. Les mots peuvent tout changer. Elle, elle s'est mise du côté muet de la parole, avec la peinture. Elle sait que c'est sa place. Mais elle n'ignore rien de la puissance des mots. Tout au fond d'elle".
"Il ouvre les yeux. Les étoiles au-dessus de sa tête sont mortes depuis longtemps. Pourtant, la beauté est là. Quand même. Bien sûr il y a un phénomène physique et des calculs précis qui permettent de savoir exactement comment la lumière se propage dans l'espace. Mais la beauté ? Ce que provoque en lui ce scintillement-là dans tout le noir, quel chiffre peut le mesurer ? C'est dans les mots qu'il faudrait chercher un passage. Dans le silence juste entre les mots justes. C'est là qu'il y aurait une prière. Peut-être. Il faudrait inventer".
"Elle pense ces drôles de choses qu'on pense parfois quand on prend le temps de s'arrêter dans une histoire, de la regarder d'en haut, comme un oiseau".
"Réunir, ce n'est pas juste faire asseoir des gens dans la même pièce, un jour. C'est plus subtil. Il faut qu'entre eux se tisse quelque chose de fort."
"Quand je n'ai plus de refuge, je vais dans les mots. J'ai toujours trouvé un abri, là. Un abri creusé par d'autres, que je ne connaîtrai jamais et qui ont oeuvré pour d'autres qu'ils ne connaîtront jamais. C'est rassurant, de penser ça. C'est peut-être la seule chose qui me rassure vraiment."

« Elle avait été émue par ce texte. Profondément. D’autant plus que l’émotion était inattendue ».
« Tant que la politesse a le dessus, on ne peut rien savoir vraiment des gens. C’est toujours au moment où ça se fendille qu’on sait exactement de quoi le bois est fait ».
« L’amour ne rassure de rien, n’empêche rien. Aimer ne donne aucune protection ».
« Je voudrais tant qu’il y ait un grand élan qui m’emporte, quelque chose contre quoi je ne pourrais même pas lutter. Je ne me poserais aucune question. Ce serait plus fort que tout ».
"Un peu plus tôt, un peu plus tard, peu importe. Ce qui compte, c'est qu'aucun vivant n'ignore que sa vie aura une fin."
« Les souvenirs, c’est dans les vertèbres, qu’ils s’installent. Ils vous courbent le dos (…) ».
« Il aimerait s’arrêter là, s’allonger sur la terre et fermer les yeux, pénétré de ce parfum, s’endormir ».
"Dans leurs regards, la gravité de ceux qui ont appris que l'amour ne protège de rien. Qu'il sert juste à prendre tous les risques. Et qu'on est toujours aussi vulnérable".
"C'est la première fois qu'elle se formule les choses de cette façon : elle ne pense pas Je suis seule. Elle pense Je suis libre".
"Les mots de l'amour il faudrait se contenter de les dire au-dessus de l'eau qui coule, dans le vent au bord de la mer. Qu'ils soient portés loin. L'amour on ne devrait jamais l'enfermer, n dans les bouches, ni dans les coeurs. C'est trop vaste".
"Le vieil homme, debout, s'appuie sur sa canne. Marc pense à un arbre. Les arbres qui ont l'air si vieux et qui reverdissent, quand même, chaque printemps, obstinément."
"On a beau être un profane, la foi, elle va se loger où elle peut. Pourquoi pas dans les mots ?"
« Une seule année, parfois, peut nourrir toute une existence ».
"Il se dit qu'œuvrer sauve de tout. Se concentrer totalement. Evacuer de sa tête de son coeur tout ce qui gêne. Etre entièrement à ce qu'on fait. Et c'est tout. La belle expression.? Oui, c'est vraiment "tout". Alors quelque chose s'ouvre".
« Elle se dit que (…) si chaque jour, elle arrivait à faire une chose, une seule, qui soit belle, elle serait sauvée. »
« Comment pénétrer dans ce qui ne lui appartient pas, ne lui appartiendra jamais ? Comment se donner le droit d’entrer dans l’histoire des autres ? Est ce qu’il suffit de les aimer ? »
"Est-ce qu'on choisit les liens qui vont se tisser lorsqu'on va travailler dans un bureau, une usine, une école ? On va se parler, forcément, et même finir par deviner à la façon de se dire bonjour le matin comment chacun va."
"La liberté est terrible. Si petite pour chacun. La si petite liberté humaine. Et ce désir parfois de l’enfoncer sous la terre. Parce que trop. Si petite, mais déjà trop".
« Rien que cette sensation aiguë de connaître quelqu’un par tout ce qu’il émet à son insu, animal, c’était un bonheur. »

 

***

 

Les 4 haikus, dans le romans, qui sont ceux destinés aux 4 "gardiens" :

"Nu sur un cheval
nu sous la pluie
tombant à verse"

pour Marc,

 

"Premier lever de soleil
Il y a un nuage
Comme un nuage dans un tableau"

pour Hélène,

 

"L'enfant qui l'imite
est plus merveilleux
que le vrai cormoran"

pour Béatrice,

 

"Souffle le vent d'automne
mais les bogues des chataîgnes
sont vertes"

pour Yolande.

 

Mon préféré ? Celui destiné à Béatrice. Visuel et aérien.
Ces haïkus sont extraits de "Haïku" (Fayard, coll "L'Espace intérieur").

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mardi 14 octobre 2014

dernière lecture : La lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi

de Rachel Joyce

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3,5 etoiles

 
Présentation de l'éditeur :
Il était juste parti poster une lettre. Mais c’est mille kilomètres qu’il va parcourir à pied.
Un roman inoubliable qui a conquis le monde entier.
« Je suis en chemin. attends-moi. Je vais te sauver, tu verras. Je vais marcher, et tu vivras. »
Harold Fry est bouleversé par la lettre qu’il reçoit de Queenie Hennessy, une ancienne amie qui lui annonce qu’elle va mourir. Alors que sa femme, Maureen, s’affaire à l’étage, indifférente à ce qui peut bien arriver à son mari, Harold quitte la maison pour poster sa réponse. Mais il passe devant la boîte aux lettres sans s’arrêter, continue jusqu’au bureau de poste, sort de la ville et part durant quatre-vingt-sept jours, parcourant plus de mille kilomètres à pied, du sud de l’Angleterre à la frontière écossaise. Car tout ce qu’Harold sait, c’est qu’il doit continuer à marcher. Pour Queenie. Pour son épouse Maureen. Pour son fils David. Pour nous tous.
« Dans une langue précise et aérienne, Rachel Joyce conduit Harold des déserts amers du regret vers les hauteurs lumineuses de la rédemption avec une clairvoyance et une émotion presque insoutenables. » Sunday Times
 
Mon sentiment au sujet de ce roman :
A mon avis, ce texte s'apparente davantage à un conte qu'à un roman. Et j'avoue avoir bien failli abandonner très vite : je trouvais le héros, Harold, excessivement naïf et paumé. Traînant les pieds. Aucune envergure. 
Je trouvais ce récit sans intérêt. 
Et puis, avec lui, doucement, j'ai avancé d'un pas, puis d'un autre. Et, en me retournant, j'avais déjà fait pas mal de chemin, avec de belles rencontres. J'ai dormi dans une grange, admiré des paysages grandioses, écouté les animaux sauvages en pleine nature. C'était apaisant. Réconciliant. Et j'ai aussi supporté la présence d'un troupeau de pèlerins solidaires/parasites qui, sous prétexte de soutenir sa marche, ont détourné son pèlerinage en une espèce de farce indigeste (triste et risible, mais assez caricatural de ce qui se passe autour d'événements sur-médiatisés...). 
Et j'ai enfin compris pourquoi il avait tout ce chemin à faire (le plus grand trajet se réalisant dans sa tête).
Au final, je suis conquise. L'on retrouve, dans une version fort romancée, ce qu'avait déjà décrit Jean-Christophe Ruffin dans "Compostelle malgré moi" : la souffrance physique de la marche (les pieds sont sensibles...), la rapide clochardisation du marcheur, l'état méditatif, le détachement pour les biens matériels, les repas, la solitude, la présence des autres marcheurs, pas toujours bienvenue. Et la nature.
Au final : une belle lecture, qui mène à la réflexion, et qui est loin d'être aussi paisible qu'on pourrait le croire au premier abord...
 
Morceaux choisis :
"Il était sûr que s'il lui disait des choses dans la voiture, elle les garderait au chaud parmi ses pensées, sans porter de jugement ni s'en servir contre lui à l'avenir. Il supposait que c'était ça, l'amitié, et il regrettait de s'en être passé pendant tant d'années."
"Il lui aurait été plus facile de cesser de se lever. De se laver. De manger. C'était un effort permanent d'être seule."
"(...) chez les autres, c'était cette petitesse qui l'émerveillait et l'attendrissait, et aussi la solitude que cela impliquait. Le monde était constitué de gens qui mettaient un pied devant l'autre ; et une existence pourrait paraître ordinaire simplement parce qu'il en était ainsi depuis longtemps. Désormais, Harold ne pouvait plus croiser un inconnu sans reconnaître que tous étaient pareils et que chacun était unique ; et que c'était cela le dilemme de la condition humaine."
"Trop longtemps, il avait marché avec d'autres, écouté leur histoire, suivi leur itinéraire. Ce serait un soulagement de ne plus écouter que lui même."

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lundi 29 septembre 2014

dernière lecture : Peine perdue

d'Olivier Adam

Peine perdue

3,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Les touristes ont déserté les lieux, la ville est calme, les plages à l'abandon. Pourtant, en quelques jours, deux événements vont secouer cette station balnéaire de la Côte d'Azur: la sauvage agression d'Antoine, jeune homme instable et gloire locale du football amateur, qu'on a laissé pour mort devant l'hôpital, et une tempête inattendue qui ravage le littoral, provoquant une étrange série de noyades et de disparitions. Familles des victimes, personnel hospitalier, retraités en villégiature, barmaids, saisonniers, petits mafieux, ils sont vingt-deux personnages à se succéder dans une ronde étourdissante. Vingt-deux hommes et femmes aux prises avec leur propre histoire, emportés par les drames qui agitent la côte. Avec Peine perdue, Olivier Adam signe un livre d'une densité romanesque inédite, aux allures de roman noir, et dresse le portrait d'une communauté désemparée, reflet d'un pays en crise.
 
Mon sentiment au sujet de ce roman :
J'ai été bousculée par ce récit, qui m'a fait, d'une certaine façon, penser au roman "D'acier", de Sylvia Avallone. L'environnement où les individus évoluent laisse-t-il à ce point si peu d'envergure et de liberté à ceux qui y vivent ?
Ici, les personnages, tous plus attachants les uns que les autres (sauf ce gros c... de Pérez), et pourtant dévastés pour la plupart, sont constamment tourmentés et malmenés par la vie : par leur origine plus que modeste, leur lieu de vie "en périphérie" de la ville, leurs parents aux idées souvent obtuses, leur avenir, qu'il soit professionnel ou personnel : tout est obscurément limité.
Et puis l'environnement tout entier, la nature, la vie ! qui les malmènent sans arrêt, semblant même s'acharner contre eux...
Dès lors, comment s'en sortir ?
Cette référence à la nature déchaînée (la mer en furie, le vent, qui dévastent tout), m'a semblé paradoxalement apaisante. Un temps pour respirer, une parenthèse, un entre deux. Un gros ménage. Cela va-t-il mieux après ?
Une question que je me pose, après cette lecture : y a-t-il vraiment si peu de monde qui "s'en sort" dans ces milieux-là ? La drogue, le sexe, l'alcool, grands meneurs, sont-ils à ce point omniprésents. Cela me semble excessif. Les fréquentations que l'on a seraient-elles le véritable point d'équilibre ?
Enfin, tout ça pour dire : quel beau roman ! ...Puisqu'il ne nous laisse pas indemne.
 
Olivier Adam était l'invité de France Culture,dans l'émission "Les bonnes feuilles"

Il nous parle de son roman dont il lit quelques passages (un peu précipitamment, à mon goût. Le lire soi-même rend les choses beaucoup plus subtiles, moins précipitées...), et parle de son inspiration littéraire. C'est prenant. A l'image de sa manière d'écrire.

Parfois...    ;)

 
Morceaux choisis :
"C'est un long apprentissage, parfois, que de savoir rejoindre enfin la vie qui nous va".
"N'est-ce pas aux parents de veiller sur leurs enfants et non le contraire ? N'est-ce pas là le pacte ?"
"Les hommes sont risibles, elle ajoute. Dans leurs poses. Dans ce qu'ils cachent. Dans leur façon de se débattre avec leur virilité. Leur pudeur. C'est pour ça qu'ils sont si touchants. Et comiques. Il faut beaucoup les aimer pour les aimer, dit-elle. Il aime voir ses yeux briller quand elle parle comme ça."
"Il haussait les épaules. Si ça les amusait. Et se replongeait dans ses Fante, London, Bukowski, Carver, Brautigan, Kerouac, ou des trucs plus récents que lui conseillait le libraire près de la plage, ah si vous aimez ce genre de choses, lisez ça, Larry Brown, Donald Rey Pollock Craig Davidson, Brady Udall Cormae Mc Carthy."
"Parfois être là, à cet endroit précis, ça ressemble presque au bonheur. Il a l'impression de se fondre dans tout ça. L'étendue d'eau saline. Le sable constellé de coquillages et de grains de mica. La résine qui suinte des pins. Parfois il prend conscience d'à quel poit il appartient à tout ça. D'a quel point il y est lié. Parfois il se dit qu'atteindre une sorte de sagesse ce serait tellement facile."
"Ce n'est pas qu'il soit persuadé de sa propre importance mais parfois quand t'es rongé par la culpabilité tout semble te faire signe. Tu deviens sérieusement parano. Tu vois des indices, des présages et des punitions partout".
"Parfois la vie ressemble à un film. Rarement mais ça arrive. Et quand ça arrive, en général c'est juste un accident. Un truc éphémère, une épiphanie."

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jeudi 4 septembre 2014

dernière lecture : L'étrange voyage de Monsieur Daldry

de Marc Levy

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2,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
“ L’homme qui va le plus compter dans ta vie vient de passer dans ton dos. Pour le retrouver, tu devras entreprendre un long voyage et rencontrer les six personnes qui te mèneront jusqu’à lui… Il y a deux vies en toi, Alice. Celle que tu connais et une autre, qui t’attend depuis longtemps. ”
Londres 1950
Alice mène une existence tranquille, entre son travail qui la passionne et sa bande d’amis, tous artistes à leurs heures. Pourtant, la veille de Noël, sa vie va être bouleversée. Au cours d’une virée à la fête foraine de Brighton, une voyante lui prédit un mystérieux avenir. Alice n’a jamais cru à la voyance, mais elle n’arrive pas à chasser ces paroles de son esprit, et ses nuits se peuplent de cauchemars qui semblent aussi réels qu’incompréhensibles.
Son voisin de palier, Monsieur Daldry, célibataire endurci, gentleman excentrique et drôle, aux motivations ambigües, la persuade de prendre au sérieux la prédiction de la voyante et de retrouver les six personnes qui la mèneront vers son destin.
De Londres à Istanbul, il décide de l’accompagner dans un étrange voyage…

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
J'ai beaucoup tardé, entre la lecture de ce roman (avant l'été !) et la rédaction de ma petite synthèse de lecture (hier soir). C'est une erreur. Je préfère largement rédiger "à chaud" : les émotions sont tangibles, je suis imprégnée, donc souvent enthousiasmée par ces "petits riens" qui, à mon avis, donnent vie à une lecture.
Pour ce roman, j'ai tardé. Parce que pas inspirée.
Pas parce qu'il ne m'a pas plu (il se lit facilement, et l'histoire est plutôt plaisante), mais je crois me souvenir n'avoir rien ressenti de particulier (je veux dire, pas de grand (ni même de petit...) bousculement, à l'intérieur...). Peut-être juste un brin d'agacement pour le côté beaucoup trop gentillet de l'histoire.
Je crois tout simplement que Marc Levy, c'est plus trop "mon truc"...

De jolies citations, pourtant :

Morceaux choisis :
"Comment décider à l'avance de ce qui sera ou non un jour de fête ?"
"Vous m'avez frôlé l'âme et vous m'avez changé, comment vous pardonner d'avoir fait naître en moi l'envie d'aimer et d'être aimé ?"
"J'ai toujours eu la passion des détails, de ces petits événements, presque invisibles, autour de nous. Observer les gens vous apprend tant de choses".
"Ce n'est pas parce que quelqu'un vous a quitté qu'il cesse d'exister".
"Avec un peu de fantaisie à l'âme, la solitude n'existe plus".
"Lorsque l'imagination est confrontée à la réalité, cela fait parfois des dégâts".
"On a tous besoin de quelqu'un dans la vie, personne ne peut accomplir de grandes choses tout seul".
"L'ivresse est un abandon stupide".
"ça ne coûte rien et ça n'offense personne d'aimer en silence, n'est-ce pas ?"

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jeudi 28 août 2014

dernière lecture : L'âme du monde

de Frédéric Lenoir

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4 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Pressentant l'imminence d'un cataclysme planétaire, sept sages venus des quatre coins du monde se réunissent à Toulanka, monastère perdu des montagnes tibétaines, pour transmettre à Tenzin et Natina, deux jeunes adolescents, les clés de la sagesse universelle. Au-delà des divergences culturelles et historiques de leurs traditions respectives, ils s'appuient sur leur expérience personnelle et se savent inspirés par ce que les philosophes de l'Antiquité appellent l'Âme du monde : la force bienveillante qui maintient l'harmonie de l'univers. 
Leur message répond aux questions essentielles : quel est le sens de mon existence ? Comment réussir ma vie et être heureux ? Comment harmoniser les exigences de mon corps et celles de mon esprit ? Comment apprendre à me connaître et à réaliser mon potentiel créatif ? Comment passer de la peur à l'amour et contribuer à la transformation du monde ?
Loin des croyances dogmatiques, ils ouvrent le chemin simple et concret d'un humanisme spirituel qui aide à vivre.
À la suite de son Petit traité de vie intérieure, Frédéric Lenoir transmet ses connaissances philosophiques et spirituelles à travers un conte initiatique lumineux qui touche le coeur autant que l'intelligence.
 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
L'idée que toutes les religions et orientations spirituelles visent une même quête (celle de la paix et de l'harmonie...) me plaît. J'ai toujours eu le sentiment que les dieux des hommes, quelles que soit leurs religions, puisent à la même source et dispensent la même parole.
Dans ce récit (philosophique), une belle leçon de sagesse nous est donnée, dans ce sens. Disons que c'est reposant, facile à lire, et que ça mène à la réflexion...

J'ai visionné, voilà quelques temps, un documentaire qui rejoint un peu cette vision des choses, et je trouverais dommage de ne pas le partager avec vous... "Mondes intérieurs, mondes extérieurs" : c'est par ici (clic).

A noter aussi que Frédéric Lenoir anime, avec Leili Anvar, une très belle émission hebdomadaire sur France-Culture : Les racines du ciel.


Morceaux choisis :

"Combien d'êtres humains passent l'essentiel de leur vie à se soucier de choses matérielles ou futiles et oublient de prendre le temps de vivre les expériences les plus essentielles, l'amour, l'amitié, l'activité créatrice, la contemplation de la beauté du monde? Le superflu est onéreux mais l'essentiel est offert."
"La dépendance à l'égard des choses matérielles est un des esclavages les plus répandus de nos jours."
"Dans chaque être et chaque instant, heureux ou douloureux, facile ou difficile, nous ne voyons jamais que notre seule image."
"Être libre, c'est aussi ne pas agir en fonction du regard d'autrui."

"Comme l'a affirmé un ancien maître de la sagesse : "le bonheur, c'est de continuer de désirer ce qu'on possède déjà."

 

 

***
J'aime beaucoup son discours... Je vous propose de l'écouter ici :

 

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vendredi 22 août 2014

dernière lecture : Le portrait de Dorian Gray

d'Oscar Wilde

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4 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Par la magie d'un voeu, Dorian Gray conserve la grâce et la beauté de la jeunesse. Seul son portrait vieillira. Le jeune dandy s'adonne alors à toutes les expériences, s'enivre de sensations et recherche les plaisirs secrets et raffinés. « Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais », « il faut guérir l'âme par les sens, guérir les sens par l'âme ».
Oscar Wilde voulut libérer l'homme en lui donnant comme modèle l'artiste. Pour se réaliser, il doit rechercher le plaisir et la beauté, sous toutes ses formes, bien ou mal. L'art n'a rien à voir avec la morale. Dans une langue raffinée, l'auteur remet en question la société, le mariage, la morale et l'art. Ses propos sont incisifs et humoristiques. Ce livre scandalisa l'Angleterre victorienne, Oscar Wilde fut mis en prison pour avoir vécu ce qu'il écrivait. Au siècle suivant, Proust, Gide, Montherlant, Malraux ont contribué à la célébrité du génial écrivain.

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :

C'est avec ce roman que j'ai découvert Oscar Wilde. Enfin, comme tout le monde j'imagine, je le "connaissais" déjà un peu : par toutes ces belles citations qui circulent, souvent illustrées du portrait de l'homme, jeune, magnifique, auréolé d'une incroyable séduction. 
Ici, je n'ai pas été déçue : les mots sont souvent croustillants, l'histoire est pleine de rebondissements, et, à mon avis, Dorian, le héros, est à l'image de son auteur... 
Quelques passages m'ont pourtant parus bien longs (la description des collections, en particulier...), dans d'autres, j'ai parfois eu le sentiment que l'auteur "s'écoutait parler", mais globalement j'avoue avoir surtout été fascinée par ces jeux d'esprit et d'écriture qui mettent bien haut la barre de la réflexion... 

Morceaux choisis :
"Quand j'aime quelqu'un intensément je ne dis son nom à personne. C'est presque une trahison. (...) La plus commune des choses nous paraît exquise si quelqu'un nous la cache."
"Il n'est rien que l'art ne puisse rendre."
"Il y a toujours quelque chose de ridicule dans les émotions des personnes que l’on a cessé d’aimer ; "
"Peut-être ne doit-on pas exprimer son adoration par des mots."
"Si l’on ne parlait jamais d’une chose, ce serait comme si elle n’était jamais arrivée. C’est seulement l’expression qui donne une réalité aux choses."
"Ne pouvaient-elles, les choses extérieures à nous-mêmes, sans pensée ou désir conscients, vibrer à l'unisson de nos humeurs ou de nos passions, l'atome appelant l'atome dans un amour secret ou une étrange affinité
"Il y a une sorte de volupté à se faire des reproches... Quand nous nous blâmons, nous pensons que personne autre n'a le droit de nous blâmer. C'est la confession, non le prêtre, qui nous donne l'absolution.
"Le dramatique de la vieillesse, ce n'est pas qu'on se fait vieux c'est qu'on reste jeune."
"Les bonnes influences n'existent pas, monsieur. Toute influence est immorale."

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samedi 16 août 2014

dernière lecture : Le secret du docteur Barry

de Sylvie Ouellette

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3,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Au XIXe siècle au Royaume-Uni, la jeune Margaret Bulkley afin de réaliser son rêve - devenir médecin - se fait passer dès son plus jeune âge pour un garçon. Engagée dans l'armée après de brillantes études, elle va, au cours de ses voyages, devenir une pionnière de la médecine préventive et un personnage aux excentricités réputées.
Mais comment vivre continuellement en camouflant son corps et ses pulsions de femme ; comment concilier sa véritable nature à la passion dévorante pour son métier ? 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
C'est un livre que j'ai lu avec plaisir, me sentant, je vous avouerai, un peu coupable d'y prendre plaisir... Oui mais voilà : c'était le début de mes vacances d'été, cela m'autorisant quelques écarts dans mes choix "littéraires". Parce que pour moi, ce roman-ci n'avait absolument rien de littéraire, mais s'apparentait davantage aux romans "à l'eau de rose" que je lisais parfois (...souvent !) adolescente (hey, jeune adolescente, hein !).  
J'en étais là, refermant le bouquin. Doucement repue. Doucement désolée de m'être laissée si facilement embarquer dans cette gentille histoire harlequinesque (scénario d'enfer : une jolie jeune fille rousse et sulfureuse, à l'intelligence exceptionnelle et à la force de caractère inébranlable, se fait passer pour un homme afin de devenir médecin, à une époque où aucune femme n'était autorisée à exercer ce métier. Aventure, rebondissements, histoire d'amour, camouflage d'un corps sensuel, mais interdit aux regards, tout y est !).
Jusqu'au moment où, curieuse comme je suis, j'ai découvert que Miranda Barry a bel et bien existé ! Ce roman raconte une histoire vraie !

Ah... ben si c'était un roman historique, alors, je n'ai plus aucun état d'âme.
Irais-je jusqu'à vous le conseiller ? Pourquoi pas... Mais seulement si vous êtes bon public !

Morceaux choisis :
"Je suis d'avis que c'est dans les geste plus que dans les mots qu'on perçoit la vraie grandeur d'une personne".
"Le monde en général tend à être en désaccord".

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mercredi 13 août 2014

dernière lecture : Le cahier de Maya

d'Isabel Allende

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4,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
« Je m'appelle Mayal Vidal : de sexe féminin, célibataire, j'ai dix-neuf ans, pas d'amoureux faute d'occasions et non par excès d'exigence, un passeport américain ; née à Berkeley, en Californie, je suis momentanément réfugiée dans une île au sud du monde. On m'a donné le prénom de Maya parce que ma Nini a une prédilection pour l'Inde et que mes parents n'ont pas trouvé autre chose, bien qu'ils aient eu neuf mois pour y réfléchir. En hindi, Maya signifie "sortilège, illusion, rêve". Rien à voir avec mon caractère. Attila m'irait mieux, parce que là où je pose le pied, l'herbe ne pousse plus. »

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Il y a cette citation, là... "Ce bouquet minuscule est parfait : un vase en verre, cinq fleurs, un insecte, la lumière de la fenêtre."
Voilà. 

Pour moi, ça, c'est tout Isabel Allende : avec deux-trois mots, elle vous propulse dans un univers. Comment ne pas le voir ? Comment ne pas le vivre, le ressentir ? Comment en sortir indemne ?
Le cahier de Maya est à l'image de cette toute petite phrase : rempli d'immensité. D'amour. De peur. D'acceptation. De vie !
Franchement, si vous avez ne serait-ce qu'une once d'hésitation, foncez ! Ce livre est un trésor...

Morceaux choisis :
"Il y a des moments où l'on n'a aucun contrôle sur sa propre vie, les choses arrivent, voilà tout."
"La stricte vérité peut être ennuyeuse."
"Il est naturel de s'extasier devant la couleur lorsqu'on vient du gris."
"Ce bouquet minuscule est parfait : un vase en verre, cinq fleurs, un insecte, la lumière de la fenêtre."

 

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