jeudi 13 mars 2014

dernière lecture : Les piliers de la terre

de Ken Follett

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Présentation de l'éditeur :
Dans l'Angleterre du XIIe siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent pour s'assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l'amour, ou simplement de quoi survivre.
Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle.
La haine règne, mais l'amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.
--
Abandonnant le monde de l'espionnage, Ken Follet, le maître du suspense, nous livre avec "Les Piliers de la Terre" une œuvre monumentale dont l'intrigue, aux rebonds incessants, s'appuie sur un extraordinaire travail d'historien. Promené de pendaisons en meurtres, des forêts anglaises au cœur de l'Andalousie, de Tours à Saint-Denis, le lecteur se trouve irrésistiblement happé dans le tourbillon d'une superbe épopée romanesque dont il aimerait qu'elle n'ait pas de fin.

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Un récit absolument passionnant, qui nous propulse dans un autre siècle, où la vie était bien plus malmenée qu'aujourd'hui ! ça fait du bien de lire ça... on oublie quelle chance on a de vivre à notre époque ! Les personnages sont vivants, l'histoire pleine de rebondissements. Un régal... 

Morceaux choisis :
"Priez pour demander des miracles, mais plantez aussi des choux."
"Prêter serment, c'est mettre son âme en péril."
"Tôt ou tard, toute femme indépendante se fait traiter de sorcière."
"- Je regrette de t'avoir rendu si malheureux.  - Surtout pas cela. Regrette plutôt de m'avoir rendu si heureux. C'est ça qui fait mal, femme."
"- Vous croyez que c'est une histoire vraie ?  Elle le regarda avec intérêt et il contempla ses beaux yeux sombres.  - Je ne sais pas, dit-elle, je me demande toujours si les histoires sont vraies. la plupart des gens s'en moquent : ils aiment simplement les histoires."
"La première victime d'une guerre civile, c'est la justice."
"Une mère est toujours inquiète"
"Mais il doutait que la proportion fût au cour de la beauté. Il avait le goût des choses folles et désordonnées : les hautes montagnes, les vieux chênes et la chevelure d'Aliena."
"Dieu sait ce qu'il fait. Tout a un sens."
"Phillip n'avait pas peur de mourir, il avait peur de la souffrance."
"La première victime d'une guerre civile, c'est la justice".
"La proportion, c'est le coeur de la beauté".

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dimanche 2 mars 2014

dernière lecture : prières nocturnes

de Santiago Gamboa

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Présentation de l'éditeur :
Accusé de trafic de drogue et emprisonné à Bangkok Manuel, un étudiant en philosophie colombien, risque la peine de mort s’il ne reconnaît pas sa culpabilité, mais sa seule préoccupation est de revoir sa sœur, disparue. Touché par son histoire, le consul de Colombie, amateur de cocktails au cœur tendre, se lance à la recherche de la jeune femme pour convaincre Manuel de lutter malgré tout. Il va découvrir le désert affectif d’une famille immergée dans une société violente, d’une petite bourgeoisie prisonnière du qu’en-dira-t-on et fascinée par une richesse inaccessible.
Dans une prose limpide teintée de mélancolie, ce roman nous parle d’une femme prête à tout pour défendre son idée de la justice et permettre à son frère de vivre ses rêves, et d’un étudiant qui n’hésite pas à risquer sa vie pour retrouver la seule personne qui lui a donné son amour. Formidable raconteur d’histoires Santiago Gamboa nous emmène à travers le monde sur les traces de son héroïne passionnée et cynique qui retourne sa beauté contre ceux qui veulent l’exploiter et fait d’un amour fraternel une raison de vivre.

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
C'est un roman que je n'aurais certainement pas acheté, donc lu, s'il ne m'avait été offert. Drôles de circonstances... le site Babelio (une véritable mine d'or pour lecteur affamé, et dont je suis membre depuis quelques temps déjà) est partenaire d'une opération en collaboration avec les éditeurs : Masse critique. Bref, voilà environ 3 semaines, je recevais ce roman dans ma boîte aux lettres... 
Habituellement, j'aurais plutôt tendance à éviter ce genre de lectures, avec souvent trop de préjugés (roman sûrement trop noir pour moi, je n'en retirerai rien de bien intéressant...). Purs prétextes, car je sais très bien ce qui, au fond, me fait peur : je risque de me retrouver face à une réalité que je préfère la plupart du temps de pas voir, face à des vies trop durement malmenées. Des colombiens, j'en ai connus quelques uns. Il y a quelque chose que l'on retrouve dans leur regard, qui ressemble un peu à de la peur, sinon de l'inquiétude. Et c'est en eux, tout le temps. Je sais maintenant exactement pourquoi.
Ce roman est magnifique, et pourtant terrible "…ça ne va pas être un roman noir. […] Ce sera plutôt un roman d’amour". Oui, on peut voir les choses ainsi... ou inversement ! J'ai aimé, dès les premières pages, l'écriture de Santiago Gamboa, qui nous emmène avec lui dans une spirale infernale. Peu de répit dans ces pages, sinon les courts récits décalés d'Inter-Nette, qui arrivent toujours étrangement et qui, à mon avis, n'apportent pas grand chose à cette histoire, et la rencontre de Juana avec le vieux français, que j'ai trouvée succulente.
Dans un autre roman (la vérité sur l'affaire Harry Québert), j'avais lu qu'"un bon livre est un livre que l'on regrette d'avoir terminé". Alors oui : je viens de terminer un excellent roman !

 

Morceaux choisis :
"Le temps, parfois, est un problème de lumière. Avec les années, certaines formes acquièrent un brillant ou, au contraire, se couvrent d'une étrange opacité. Ce sont les mêmes formes, mais elles paraissent plus vivantes et parfois, parfois seulement, on parvient à les comprendre".
"Un jour, elle a décidé de me regarder. Elle m'a vu, je l'ai vue, nous nous sommes plu et elle m'a donné ce que jusque-là je n'avais obtenu de personne, de la compréhension, ou quelque chose de plus intime : un miroir tombé du ciel où mon âme s'est reflétée."
"Croyez-moi (...), la méchanceté de l'âme se colle au corps et le déforme."
"Les riches se débrouillent toujours pour être déprimés. Ils aiment être malheureux. C'est très élégant d'être triste".
"Une des erreurs de la jeunesse consiste à croire que les gens qui s'intéressent aux mêmes choses sont forcément comme vous. Mais la nature fait son travail, l'esprit souffle où il veut."
"Je dis, pendant que je dors, qu'il vaut mieux vivre heureux un seul instant et se laisser emporter, plutôt que de ne l'être jamais et vivre comme un rongeur".
"Les jeunes sont par définition stupides, mais ce n'est pas leur faute, ils  sont stupides à cause de ce que leur inculquent les adultes : la foi en l'avenir, c'est stupide parce que ça les remplit d'espoir, mais avec le temps ça s'arrange".
"Sais-tu quel est le nom contemporain de la perversité ? La démocratie. Si un chimpanzé avec un tambour devenait populaire et amusant, il pourrait être élu président. Pourquoi le vote de ceux qui n'ont ni critère de jugement, ni éducation, ni culture pèse-t-il autant que le vote de ceux qui ont tout cela ? Pourquoi un vote obtenu avec un pistolet sur la tempe ou en lavant le cerveau des gens par la publicité, ou acheté cinquante mille pesos, vaut-il autant qu'un vote exprimé en toute liberté ? Pose la question aux défenseurs de la démocratie"

 

Un passage sans doute un peu long, mais je le trouve tellement fascinant :
"Quand le vieil homme, qui s'appelait monsieur Echenoz, s'est rétabli, nous avons commencé à parler. Je lui ai demandé pourquoi il avait choisi de rester en Colombie, un pays sous-développé et si violent, dont tout le monde veut partir, il m'a répondu mais non, et toi, tu veux partir ? Je lui ai dit que oui, si je le pouvais, je partirais tout de suite, avec mon frère. Et pour aller où ? N'importe où, n'importe quel endroit au monde doit être mieux qu'ici, j'aimerais aller en Europe, dans un pays civilisé. Il m'a regardée sans me juger, le drap couvrait la moitié de sa poitrine, des poils blancs sortaient des boutonnières de son pyjama. Un pays civilisé ? il a dit. Non, tu ne veux pas quitter la Colombie, ce que tu veux c'est t'éloigner de quelque chose que tu n'aimes pas, mais que tu risques de retrouver n'importe où, disait-il moi je connais bien le monde, l'Afrique surtout, où j'ai travaillé quand j'étais jeune pour des compagnies pétrolières françaises, au Zaïre et au Rwanda, des pays durs, mais aussi magnifiques. Je peux dire la même chose de l'Asie. Malgré les difficultés, la vie y est beaucoup plus belle que dans les endroits "civilisés", d'ailleurs que signifie la civilisation ? En Europe, il n'y a pas de futur. c'est un continent fatigué et grincheux qui veut apprendre à vivre aux autres, mais à force de se regarder dans un miroir, l'Europe s'est figée. Tu fais des études de sociologie ? L'Italie et la France sont gouvernées par des clowns, que signifie être de gauche là-bas ? Pas grand-chose : lire la presse de gauche, avoir un vieux CD de Manu Chao, des tee-shirts du Che et du sous-commandant Marcos, se soucier de l'écologie et des droits de l'homme dans un pays lointain, guère plus. L'Europe, comme toute société opulente, est sur la pente descendante. Comme un individu qui a tout : il est amoureux de lui-même et il s'admire, c'est ce qui se passe là-bas, mais ce que ne savent pas les Européens, c'est qu'ils ne sont l'avenir de personne. Tout au contraire : l'avenir, c'est la périphérie. Pourquoi dire que ce pays est sous-développé et violent, comme si c'était une valeur essentielle, raciale ou culturelle d'une nation et pas d'une autre ? Ce qu'il y a, c'est que la Colombie est un pays jeune, très jeune, qui cherche encore son langage. Ce que tu vois en Europe, cette paix d'aujourd'hui, a coûté deux mille ans de guerre, de sang, de torture et de cruauté. Quand les nations d'Europe avaient l'âge de la Colombie, elles étaient ennemies et chaque fois qu'elles s'affrontaient, des fleuves de sang coulaient, des lagunes, des estuaires, des baies de sang. La dernière guerre européenne a fait cinquante quatre millions de morts. Tu trouves que ce n'est pas violent ? Ne l'oublie jamais. (...) De la violence naissent les sociétés et les périodes de paix, c'est comme ça depuis la nuit des temps, la Colombie est à mi-chemin de ce processus et je t'assure qu'elle va y arriver plus rapidement, et avec moins de sang qu'en Europe."

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lundi 24 février 2014

dernière lecture : Billie

d'Anna Gavalda

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Présentation de l'éditeur :
"Billie, ma Billie, cette petite princesse à l’enfance fracassée qui se fraye un chemin dans la vie avec un fusil de chasse dans une main et On ne badine pas avec l’amour dans l’autre est la plus jolie chose qui me soit arrivée depuis que j’écris". « Franck, il s’appelle Franck parce que sa mère et sa grand-mère adoraient Frank Alamo ( Biche, oh ma biche, Da doo ron ron, Maillot 38-37 et tout ça ) (si, si, ça existe…) et moi, je m’appelle Billie parce que ma mère était folle de Michael Jackson (Billie Jean is not my lover / She’s just a girl etc. ) . Autant dire qu’on ne partait pas avec les mêmes marraines dans la vie et qu’on n’était pas programmés pour se fréquenter un jour…»

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Si j'ai finalement ouvert ce roman, c'est uniquement parce qu'Anna Gavalda l'a écrit (et que c'est une auteure que j'aime particulièrement, même si elle est désormais souvent qualifiée de "populaire". Et puis ?). Honnêtement, la couverture du roman m'a dérangée dès le départ (et me dérange encore !)... On a l'impression, en la voyant, que c'est un livre écrit pour les 8-12 ans : ses couleurs, sa photo, son titre. "Billie" : je croyais que c'était le nom de l'âne !
Viennent les premiers mots. Surprenants. Crus. Pas du tout ceux auxquels je m'attendais (surtout avec cette fameuse couv' !). Mouaiffff... Pas sûre que ça m'emballe longtemps, tout ça... 
Pourtant... la magie de l'écriture d'Anna Gavalda, son talent de conteuse, m'ont encore une fois absorbée, et c'est une histoire que j'ai lue d'une seule traite (dimanche pluvieux aidant, peut-être...).
Etrange parenthèse que ce roman décalé, que certains trouveront peut-être truffé de bons sentiments ou/et de mauvais goût, mais qui pointe du doigt, sous son faux air de facilité et son ton souvent vulgaire/racoleur, une misère sociale qui est tellement présente dans notre société. On en revient, je trouve, à ma lecture précédente ("Le cri de la mouette", d'E. Laborit) : la société (bien-pensante...) a vite fait de marginaliser, dès l'enfance, les personnes "différentes". 

 

Morceaux choisis :
"On ne peut jamais savoir à l'avance où va aller se nicher le sacré".
"ça aussi, c'est une chose que j'ai apprise avec lui... Cette façon sournoise qu'ont les doutes de toujours se faufiler dans les endroits les plus inattendus et les plus biscornus et surtout chez les gens qui sont beaucoup plus solides que vous."

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lundi 17 février 2014

dernière lecture : Le cri de la mouette

d'Emmanuelle Laborit

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Présentation de l'éditeur :
Emmanuelle n'a jamais connu que le silence. Le monde, autour d'elle, n'était qu'une étrange représentation de mimiques, de bruits et de gestes mystérieux. Alors, pour s'évader de cette prison, pour clamer son existence, elle s'est mise à crier. Des cris d'oiseau de mer, disaient ses parents. C'est ainsi qu'elle est devenue la mouette. Mais, à sept ans, Emmanuelle découvre le langage des signes. Le monde intelligible s'ouvre enfin et elle devient une petite fille rieuse et "bavarde". Aux désarrois de l'adolescence qui vont suivre, s'ajoute la révolte devant l'ostracisme social dont sont frappés les sourds. Mais très vite la réaction, la lutte et la victoire finale sur elle-même : son triomphe au théâtre dans "Les enfants du silence", son combat pour faire connaître les droits de trois millions de sourds.

 

Mon sentiment au sujet de ce récit :
Cela fait plus de 20 ans qu'Emmanuelle Laborit a reçu le Molière de la révélation théâtrale, et je m'en souviens encore, tant elle était émouvante. Son livre est lui aussi très touchant, poignant, même. Il nous fait comprendre le poids de ce handicap : pour la personne sourde, mais aussi pour sa famille. Emmanuelle Laborit est restée cette magnifique personne et, quand je la regarde s'exprimer avec ses mains (avec son corps tout entier, même ! Et son visage), je me dis que oui, j'aimerais aussi savoir parler comme ça. Elle a raison de dire que ce sont les sourds qui font l'effort de communiquer : quels "entendants" parlent le langage des signes ou ont envie de l'apprendre ? Je n'en connais aucun dans mon entourage...

 

Morceaux choisis :
"On ne peut pas souffrir de ce que l'on ne connaît pas".

 

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lundi 10 février 2014

dernière lecture : L'embellie

Audur Ava Olafsdottir

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Présentation de l'éditeur :
C’est la belle histoire d’une femme libre et d’un enfant prêté, le temps d’une équipée hivernale autour de l’Islande.
En ce ténébreux mois de novembre, la narratrice voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie lui confier son fils de quatre ans. Qu'à cela ne tienne, elle partira pour un tour de son île noire, seule avec Tumi, étrange petit bonhomme, presque sourd, avec de grosses loupes en guise de lunettes.
Avec un humour fantasque et une drôlerie décapante, l’Embellie ne cesse de nous enchanter par cette relation cocasse, de plus en plus attentive, émouvante entre la voyageuse et son minuscule passager. Ainsi que par sa façon incroyablement libre et allègre de prendre les fugaces, burlesques et parfois dramatiques péripéties de la vie, et de la vie amoureuse, sur fond de blessure originelle. Et l’on se glisse dans l’Embellie avec le même bonheur immense que dans Rosa candida, en une sorte d’exultation complice qui ne nous quitte plus.
 
Mon sentiment au sujet de ce roman :
Il est vraiment étrange, ce roman... L'impression que j'ai eue est celle de m'implanter dans la tête d'une femme endormie, rêvant avec un imaginaire débordant de sa vie, où tout s'enchaîne à la vitesse grand V. A chaque situation un peu loufoque, s'enchaîne une nouvelle situation un peu loufoque, le tout formant un ensemble parfaitement circulaire, ce qui est cohérent, puisque nous étions partis en voyage sur l'unique route qui fait le tour d'une île : l'Islande. 
L'auteur, c'est indéniable, a un véritable talent d'écriture : une petite phrase vient raconter toute une histoire, le tout savamment distillé au milieu d'une grande histoire elle-même déjà bien ficelée. 
Ce roman est drôle, plein de rebondissements, de bons mots, de bonnes recettes, de paysages insolites, de situations plus loufoques les unes que les autres avec une héroïne un peu paumée, passive, généreuse. Complètement décalée ! Comme cette histoire.
 
Morceaux chosis
"Je ne prétends pas que j'aime faire la cuisine, mais qui sait lire peut cuisiner, un point c'est tout."
"En causant avec sa mère, on peut échapper au poids du présent pour rejoindre un temps plus originel Je me sens à l'étroit dans les eaux amniotiques et j'ai les yeux mouillés."
"Bien consciente qu'une phrase demande ordinairement un sujet, un verbe et un complément, et qu'il faudra au moins trois conjonctions pour lui donner toute sa complexité, ma maîtrise des mots ne va pas si loin, je n'arrive pas à les trouver, à dire le mot juste, celui qui compte."
"Vingt cinq kilomètres, avec un gosse qui est malade en voiture, c'est plus long qu'avec une vieille femme qui va subir une opératon de la hanche, un peu fatiguée de la vie et reconnaissante de n'avoir pas à se rendre à pied à l'hôpital régional en passant par des zones marécageuses et au travers de clôtures en fil de fer barbelé alors qu'elle est en jupe, assise bien droite sur son siège à côté du chauffeur."
"C'est à ce moment précis que m'affleure pour la première fois l'idée que je suis une femme au milieu d'un motif finement tissé d'émotions et de temps, que bien des choses qui se produisent simultanément ont de l'importance pour ma vie, que les évènements n'interviennent pas les uns après les autres, mais sur plusieurs plans simultanés de pensées, de rêves et de sentiments, qu'il y a un instant au coeur de l'instant."
"Telle est l'anarchie de la Nature  elle prend toujours les hommes au dépourvu."
"(...) Elle me demande de l'aider à trouver un mot, un adjectif pour qualifier quelque chose qui s'abat sur les homains, pas forcément de nature météorologique comme la pluie, plutôt un mot associé à la fin du monde dans l'âme et le coeur des hommes, mais pas directement, plutôt de manière détournée comme la pluie dans l'âme et la nature qui verse des larmes. Quelque chose comme l'odeur du bouleau sous la pluie, mais en un seul mot. Le médecin prétend qu'il n'existe pas de mot unique qui soit si vaste."
"Ce que nous ressentons et ce que nous imaginons est aussi la réalité."
"Il existe un monde au delà des mots."
 
"Avant de partir, je demande au jeune, à la pompe à essence, de prendre une photo de nous.
-Saviez-vous, dit-il, que le battement de coeur d'une baleine s'entend à cinq kilomètres à la ronde ?
J'avoue que je l'ignorais, tandis qu'il me rend l'appareil avec précaution.
- Alors vous ne savez sans doute pas non plus que les battements de coeur d'une baleine peuvent perturber les transmissions radio d'un sous-marin et empêcher une guerre ?"
 
"Lorsqu'une femme cuisine pour un homme, ou l'inverse, il ou elle se donne généralement plus de mal. Dans ces cas-là, les recettes sont également plus généreuses. La quantité des restes dépendra toutefois du stade d'évolution de leur relation."
 
La recette des oignons émincés :
Pour les âmes sensibles, éplucher et émincer sept oignons peut vite devenir une épreuve insurmontable. Il est particulièrement recommandé d'utiliser des lunettes de natation ou des lunettes de ski, selon le cas. Les masques de ski, plus grands, conviennent mieux. Un truc infaillible, dit-on, serait de retenir sa respiration. Il ne faut pas plus d'une minute pour éplucher et émincer un oignon, mais sept, c'est une autre affaire. On recommande aussi de les éplucher sous l'eau froide Si rien de tout cela n'est efficace, il faudra purement et simplement recourir à une tierce personne, à un homme, par exemple. Bien que cela ne soit pas une loi à caractère universel, leur vie émotionnelle est souvent structurée différemment, eu égard notamment à l'épaisseur de leur cuir.

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lundi 3 février 2014

dernière lecture : une petite robe de fête

de Christian Bobin

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Présentation de l'éditeur :
On ouvre des portes, une à une. La distance qui sépare une porte de la suivante, on met des mois à la franchir, parfois des années. On est sans impatience. On va d'un pas égal, ni trop lent, ni trop pressé. La main sur la poignée tremble à peine. Dans une pièce il y a un cerisier en fleur. Dans une autre trois flocons de neige. Dans une autre encore une chaise de lumière. On reste sur le seuil, on s'efface contre la porte. On laisse entrer ce qui est bien plus grand que soi - on laisse aller le ciel auprès du cerisier, l'enfance courir jusqu'à la neige, l'ombre s'asseoir sur la petite chaise. Et puis on repart ouvrir d'autres portes, un peu plus loin. C'est une activité somnambule, faussement calme, à peine consciente.
On appelle ça : écrire.

 

Mon sentiment au sujet de ce livre :
Dès que j'ouvre un livre de Christian Bobin, j'ai l'impression d'entrer dans un monde parallèle, un univers qui est mon univers. Ses mots résonnent quelque part, dans mon inconscient, et j'entre en état de bonheur.
Vous pensez sans doute que j'en fais un peu trop... Pourtant ce n'est que pure vérité. 
C'est pour ça que, comme on le fait avec les gens que l'on aime, j'ai perdu toute objectivité concernant ces lectures. Elles sont ma petite parenthèse, mon trésor de lecture. Et j'aime y revenir. Le plus souvent possible.

 

Morceaux choisis :
"Les grands livres, les mauvais livres, les journaux, tout est bon à qui aime lire, tout est nourriture à l'affamé. D'un côté ceux qui ne lisent jamais. De l'autre ceux qui ne font plus que lire. Il y a bien des frontières entre les gens."
"L'art, le génie de l'art n'est qu'un reste de la vie amoureuse qui est la seule vie".
"Ce qui vous touche, dans cette écriture, c'est ce qui vous touche dans la compagnie des enfants : une présence vraie de tout, une manière d'être au monde qui rend le monde léger".
"Tout commence par une déclaration de guerre : je t'aime, et le reste en découle comme par une loi de chute des anges".
"La grâce ne chasse pas nos maladresses. Elle les couronne"
"La lecture, c'est sans fin. C'est comme l'amour, c'est comme l'espoir, c'est sans espoir"
"A quoi ça sert, de lire. A rien ou presque. C'est comme aimer, comme jouer. C'est comme prier".
"Les livres sont des chapelets d'encre noire, chaque grain roulant entre les doigts, mot après mot".
"Les livres aimés se mêlent au pain que vous mangez Ils connaissent le même sort que les visages entrevus, que les journées limpides d'automne et que toute beauté dans la vie : ils ignorent la porte de la conscience, se glissent en vous par la fenêtre du songe et se faufilent jusqu'à une pièce où vous n'allez jamais, la plus profonde, la plus retirée."
"Devant les livres, la nature ou l'amour, vous êtes comme à vingt ans : au tout début du monde et de vous."
"On lit comme on aime, on entre en lecture comme on tombe amoureux : par espérance, par impatience".

Et puis ce passage, que j'aime particulièrement, peut être parce que j'ai l'impression que l'auteur parle un peu de moi ?... :
"Dans l'enfance, elle contemplait le ciel dans une flaque d'eau. Son coeur se prenait aux plus simples lumières. C'est cela qu'elle trouve dans l'écriture. C'est cela qu'elle trouve dans la lecture. Elle lit beaucoup, des romans. Les livres sont comme une eau de fontaine. Elle en approche son visage pour le rafraîchir. Il n'y a aucune différence entre la lecture et l'écriture. Celle qui lit est l'auteur de ce qu'elle lit."

 

Quelques mots de l'auteur, au sujet de son écriture :


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dimanche 26 janvier 2014

dernière lecture : Immortelle randonnée - Compostelle malgré moi

de Jean-Christophe Rufin

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Présentation de l'éditeur :
Jean-Chistophe Rufin a suivi à pieds, sur plus de 800 km, le "Chemin du Nord" jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle. Beaucoup moins fréquenté que la voie habituelle des pèlerins, cet itinéraire longe les côtes basque et cantabrique puis traverse les montagnes sauvages des Asturies et de Galice.
"Chaque fois que l'on m’a posé la question « Pourquoi êtes-vous allé à Santiago ?», j’ai été bien en peine de répondre. Comment expliquer à ceux qui ne l'ont pas vécu que le Chemin a pour effet sinon pour vertu de faire oublier les raisons qui ont amené à s'y engager ? On est parti, voila tout."
Galerie de portraits savoureux, divertissement philosophique sur le ton de Diderot, exercice d'autodérision plein d'humour et d'émerveillement, "Immortelle randonnée" se classe parmi les grands récits de voyage littéraires. 
On y retrouvera l'élégance du style de l'auteur du Grand Coeur et l'acuité de regard d'un homme engagé, porté par le goût des autres et de l'ailleurs.

Mon sentiment au sujet de ce roman
Le pélerinage vers Saint Jacques de Compostelle fait partie de ces choses qui m'intriguent, m'attirent un peu, sans doute... Une de mes amies, Paulette, part tous les ans avec une copine et reprend sa marche où elle l'avait laissée, l'année précédente. J'aime bien quand elle m'en parle : elle rencontre des personnes plus ou moins intéressantes, souffre dans ses chaussures, revient à la fois inchangée et sereine, après avoir beaucoup parlé, je crois, avec Béné. Sa quête est probablement celle de l'échange...
Jean-Christophe Rufin, lui, est parti seul, pour 900 km de marche. Il raconte, avec beaucoup d'autodérision, ses rencontres, et les anecdotes les plus intéressantes de son périple... Il a choisi le chemin du nord, le plus sauvage, celui qui longe la mer, pour rejoindre Compostelle. Son récit est franchement plaisant : on le suit, pas à pas, avec plaisir. Avec une immense sensation de liberté (qu'il semble perdre dès sa femme arrivée !).
Un témoignage tout à fait passionnant... Il en parle d'ailleurs très bien lui-même... http://www.editionsguerin.com/boutique_fr_article_367.html

 

Morceaux choisis :
"Être homme, ce serait connaître Dieu ou, à tout le moins, le chercher. L'animal poursuit sa proie ; l'être humain court après son salut."
"En partant pour Saint-Jacques, je ne cherchais rien et je l'ai trouvé"
"Habité et vivant, le quartier historique de San Vicente est une friandise pour pèlerin désespéré."
"L'essentiel consiste à méditer sur la notion de charge et, au-delà, sur le besoin, sur l'objet."
"Quiconque marche sur le Chemin finit tôt ou tard par penser qu'il y a été condamné. Que ce soit par lui-même ne change rien : les sanctions que l'on s'impose n'ont pas moins de rigueur, souvent, que celles qu'inflige la société."
"Chacun porte en lui un nombre variable mais toujours excessif de sujets délicats : décisions procrastinées, projets auxquels on n'a pas consacré assez de temps, interrogations métaphysiques auxquelles on n'a jamais eu le courage de répondre."
"Sans doute ne suis-je pas le seul à goûter les choses et les êtres au moment où ils nous quittent. Mais j'ai poussé plus que d'autres le vice ou la gourmandise jusqu'à m'éloigner souvent de ce que j'ai de plus cher, pour en mesurer le prix. Jeu dangereux où l'on peut gagner beaucoup, mais où il y a encore plus à perdre."
"Mais c'est justement toute la force du christianisme que de tenir ce grand écart entre des formes si opposées de spiritualité. Entre les moines en leur château sacré que l'on nomme une abbaye et la plèbe de curaillons de compagne dans leurs églises sommaires qui tenaient plutôt du hangar à foin que de la cathédrale, les mêmes symboles et les mêmes rituels tendent un pont solide."

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jeudi 23 janvier 2014

dernière lecture : Plonger

de Christophe Ono-Dit-Biot

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Présentation de l'éditeur :
Ils l’ont retrouvée comme ça. Nue et morte. Sur la plage d’un pays arabe. Avec le sel qui faisait des cristaux sur sa peau. Une provocation. Une invocation. À écrire ce livre, pour toi, mon fils. ».
Un homme enquête sur la femme qu’il a passionnément aimée. Elle est partie il y a plusieurs mois, pour une destination inconnue, le laissant seul avec leur petit garçon. Quand le roman s’ouvre, on l’appelle pour lui dire qu’on l’a retrouvée morte, sur une plage, près des vagues, vraisemblablement noyée, dans un pays lointain au paysage minéral qui pourrait être l’Arabie. Elle était artiste, elle s’appelait Paz. Elle était solaire, inquiète, incroyablement douée. Elle étouffait en Europe. Pour son fils, à qui il doit la vérité sur sa mère, il remonte le fil de leur amour - leur rencontre, les débuts puis l’ascension de Paz dans le monde de l’art, la naissance de l’enfant – et essaie d’élucider les raisons qui ont précipité sa fin.

Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2013

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Je crois que je vais avoir du mal à exprimer mon sentiment... Je suis toute tourneboulée, et je crois qu'il faut que je remette doucement mes idées en place. 
Vous dire que j'ai avancé vers l'adoration totale, alors qu'au départ ma lecture était très mitigée, voire très critique, distante. Aucune envie de m'imprégner, de poursuivre : trop de clichés, d'étalage de connaissances dans tous les domaines, y compris linguistique : on finit par se sentir ridiculement inculte, c'est vexant, à la fin ! 
Sauf que "Monsieur" se fait durement remettre à sa place par les gens, par la vie, et il en prend même plein la figure. Tellement violemment qu'il en perd sa superbe et devient humain, fragile, enfin accessible, aurais-je envie de dire. Parce que vient alors le moment où il devient possible d'aborder les choses simples, un monde où l'instant compte, où l'on ne cesse de s'émerveiller… L'auteur, par un tour de passe passe, nous hypnotise jusqu'à nous donner cette impression d'être au cœur des choses. Voir souffrir César nous désole et nous touche, profondément. Le voir aimer jusqu'à ce point de non-retour est très émouvant. Très dur à contempler, sinon impuissants...
J'ai aussi aimé ce roman qui aborde, l'air de rien, de nombreuses préoccupations contemporaines, qui met le doigt sur l'art, sur la fragilité de la vie et de l'amour. Sur la vie sous-marine qui nous propulse dans un autre monde, cela me donnerait presque envie d'y retourner faire un tour, dans ce monde subaquatique merveilleux, même si j'ai une peur viscérale de l'eau...
Plonger, quel titre inspiré ! 
Parce que oui : ici on plonge, littéralement, vers un univers qu'il ne sera plus jamais possible d'oublier.

J'ai bien aimé l'analyse de Leiloona Bricabook, qui aborde sa lecture avec un autre regard (également enthousiaste). 

 

Morceaux choisis :
"Dans la vie, n'attends pas que le destin te prenne en charge. Le destin te regarde, il sera séduit s'il te voit entreprendre, il sera bon compagnon et te filera un coup de main, mais c'est à toi de faire le premier pas. Même si c'est absurde."
"C'est fou ce que l'argument professionnel rassure les gens quand leur conscience leur dit que ce qu'ils ont fait n'est pas bien. C'est fou ce que ça les empêche de se rebeller, aussi..."
"La plupart des gens, autour de moi, portaient des casques. Certes, pour la musique, mais quand même, des casques, comme s'il fallait se retrancher du monde pour pouvoir le supporter."
"Les réseaux sociaux nous serinaient le mot "partage", nous faisant croire aux mirages d'un monde où tout serait mis en commun, alors que c'était tout le contraire".
"Il semble que l'être humain s'épuise aux yeux de l'autre comme s'épuisent les gisements d'or. On ne trouve plus d'or en l'autre, alors on le quitte".
"On méprise le mot "spécialité". Mais tant que ce mot existera, cela suffira à nous faire comprendre que le monde est encore divers".
"Quelle est son histoire ?" demanda ta mère, que j'aimais aussi pour ça : elle mettait de l'humain dans tout. Chaque homme, chaque femme avait une histoire, un drame, un bonheur qui expliquait sa façon d'être".
"Un artiste n'a pas à parler. L'oeuvre parle d'elle-même".
"Je ne crois pas, en effet, que notre époque puisse se raconter sous la forme d'un roman. Il faut un minimum de narration, et ce monde-ci, toujours entrecoupé par la réception d'un SMS, d'un mail, ne raconte plus grand chose dans la longueur. La seule chose qui y soit continue, c'est l'interruption".
"Terrible quand même, cette non-réciprocité de l'émotion, ces coups de foudre individuels".
"Notre corps ne s'arrête pas à notre corps".
"On ne décide pas du sommeil. Il vient, ou il  ne vient pas".
"[...] dit qu'il poursuit ce moment de notre vie où l'on n'a pas de doutes, où l'on ne juge pas, où il y a juste à accepter le monde, à vivre simplement les choses comme elles sont. Il a même une définition de l'art que je trouve très belle : "L'art est cette quête permanente de l'effacement de l'anxiété".
"La vie, pour moi, c'est sans les hommes, sans les cornets de glace, les parasols, la bière, les sandwichs. La nature libérée de l'humanité..."
"Je t'aime, Paz", ai-je dit. Elle a répondu : "Ce que tu viens de dire est très grave".
"[...] Dans le domaine de l'art, on aime toujours pour des motivations privées. Parce que les œuvres, qu'elles soient filmiques ou graphiques, remuent des choses en vous".
"Mais il faut bien quelqu'un pour la regarder, la nature".
"Remets-toi, sans cesse, dans le chemin de l'essentiel. Balance le reste. La vie est trop courte".
"La presse [...] c'est la parole à l'état de foudre ; c'est l'électricité sociale".
 

 

Ouah ! Christophe Ono-dit-Biot a exactement les traits que je donnerais à César (le héros du roman "Plonger"). Le voici, présentant les raisons qui pourront vous pousser à lire, vous aussi, ce magnifique roman.

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jeudi 16 janvier 2014

dernière lecture : Béni soit l'atome

de René Barjavel 

4717-h350

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Présentation de l'éditeur :
Anicette a le sourire doux comme l'aurore. Genête est un trésor pur, le germe à la pointe de l'amande dans le noyau du fruit et la plus haute branche. Péniche, lui, est un naïf aux grands pieds, solitaire au milieu des bois, incapable d'apprendre le pas des militaires. Celle-ci encore est fée, bénie de Dieu mais tourmentée d'innocents désirs. A eux, coeurs purs, les secrets révélés de l'amour, son éternelle et pleine félicité. Quant aux autres : ergoteurs, jaloux, envieux, confits d'absurdité et de savoir, toujours en quête d'une improbable et vaine perfection, à eux les guerres sans fin, les cataclysmes et les misères d'une stupide condition humaine... Mais dans la poudre et le sang, à coups de canon et d'explosions atomiques, aujourd'hui, demain, sur terre, au ciel ou dans les mains miraculeuses d'une fillette, le même destin s'accomplira jusqu'à son terme...

Mon sentiment au sujet de ce roman :
René Barjavel aura toujours mes faveurs. Toujours.
Parce que c'est un homme totalement libre : d'écrire tout ce qui lui passe par la tête, de la façon la plus poétique qui soit... et si l'on y réfléchit, avec un regard tellement visionnaire et philosophe. J'adore cette manière qu'il a d'évoquer, d'une façon très fantaisiste, toute l'évolution de l'humanité en un seul paragraphe (*), cette impression qu'il nous donne de marcher avec lui dans un rêve éveillé, à la fois oppressant et rassurant, pourtant, puisque tel s'annonce l'avenir de l'homme (ou, pire (?) sa réalité et parfois aussi son passé, en tout cas notre enfance envolée...), d'assister avec lui à des événements hors normes, mais tellement plausibles ! (il évoquait déjà la naissance des epub !) (**)
Je crois que c'est dommage d'enchaîner ces nouvelles. Il faudrait les lire séparément, en prenant le temps de les digérer tranquillement avant d'en entamer une suivante, ce que je ne sais décidément pas faire...

Morceaux choisis :
(*) "Plongés dans l'obscurité, les garçons et les fillettes prenaient des yeux très grands et très clairs, qui leur permettaient de voir tout ce qui s'enfuit à la moindre lueur. Dans les souterrains perdus sous les collines, les grottes immenses, où leurs soupirs se multipliaient en chants d'orgues, au bord des lacs endormis dont l'eau enfermée au premier jour du monde n'a jamais connu la lumière que Dieu créa, les enfants découvraient des prairies de fleurs qu'on ne peut toucher, des trésors de gemmes aux luisances imperceptibles, des animaux furtifs aux ailes repliées, des fresques de chevaux galopants peintes en traits de nuit sur des murs de ténèbres."
(**) "[...] la bibliothèque électrique qui lui permet de faire dérouler, sur son écran de poche ou d'appartement, le texte de tous les livres du monde [...]"
"Quand les habitants de la ville commencèrent à trembler de peur, le roi, lui aussi, s'inquiéta. Il savait que, lorsque quelque chose ne va pas, les citoyens en rendent volontiers le gouvernement responsable, sans chercher le moins du monde à discriminer leur propre responsabilité. Le gouvernement est là pour gouverner."
"Les psychologues sont rares, et plus encore les gens attentifs"
"On croit tout quand on ne sait pas mentir".
"Il réfléchit longuement, et parvient à cette conclusion que la principale faiblesse de l'homme est justement sa faiblesse".
"Cruauté de ton coeur, et les erreurs de ton esprit sont éternels".
"En vérité, ils portaient en eux le regret des ans où ils étaient des enfants aux yeux clairs, où la réalité visible ne bornait pas leur univers, où toutes les aventures étaient possibles. Mais aucun d'eux n'aurait osé se l'avouer. Les enfants ne sont que des enfants".

***

Et puis comme ça, en passant... :
cette semaine, dans un article du Monde, il était question de cryogénie. Elle ne semble désormais plus seulement un délire visionnaire de Barjavel (voir le roman "Ravage" que, entre parenthèses, je vous conseille vraiment...).
Je vous invite à découvrir de quoi il en retourne, en cliquant sur le lien. Beurk... ça donne sacrément froid dans le dos !  
;)

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vendredi 10 janvier 2014

dernière lecture : Le voleur de Dieu

d'Ellis Peters

9782264033444

4 etoiles

 

Présentation de l'éditeur :
Tout se déchaîne à Shrewsbury. Une délégation d’un monastère voisin dévasté par des pillards vient d’arriver à la recherche de fonds.
Dans le même temps, une dame du voisinage, fidèle aux bénédictins, se meurt, tandis qu’une troupe de troubadours cherche asile à l'abbaye.
Une crue s’annonce alors et oblige les frères à mettre à l’abri tous les objets précieux, y compris de cercueil de la Sainte Winifred.
Pour ne rien arranger, le chariot chargé de bois, et contenant le coffre avec les fonds recueillis pour la reconstruction du monastère est attaqué sur la route.
Ce n’est qu’à la fin de la crue que l’on remarque avec effroi que les reliques de la sainte ont disparu.
C’est encore un mystère que va chercher à résoudre le frère Cadfael en collaboration avec le shérif Hugh. 
"En dix-neuf romans, Ellis Peters a imposé un personnage qui s'établit d'emblée au panthéon du whodunit - "qui a fait le coup ?" - aux côtés de Sherlock Holmes, Hercule Poirot, le juge Ti et Pepe Carvalho. La séduction de ces livres doit beaucoup au côté honnête homme de frère Cadfael, ce moine herboriste de 40 ans qui fut d'abord paysan avant de partir en croisade, en 1098, où il participa à la prise d'Antioche en compagnie de Godefroi de Bouillon." 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Il y a pas mal de temps maintenant, j'avais découvert les aventures du Frère Cadfael avec grand bonheur. J'aimais ce décalage dans le temps, ces enquêtes où l'on ne saura qu'au dernier moment qui est le coupable : j'adore aussi ces ambiances lourdes, dans la lignée de "Au nom de la rose" avec un bon suspens. Dans cette série, j'étais servie...
Et puis j'ai oublié Frère Cadfael pendant des années.
Ce roman-ci m'a re-démontré tout le talent qu'a Ellis Peters pour nous plonger dans un autre siècle, pour nous intriguer, nous surprendre ...en un mot nous séduire !

Morceaux choisis :
"Le champ de la nature humaine est impitoyablement vaste."
"L'innocent a droit à la justice bien plus que le coupable au châtiment."
"Le pas qui sépare les choses ordinaires des miracles me paraît ridiculement petit, accidentel presque, et je me demande pourquoi cela vous étonne ou pourquoi vous vous donnez tant de mal pour chercher à comprendre. S'il s'agissait de quelque chose qu'on peut expliquer, ça n'aurait plus rien de miraculeux, n'est-ce pas ?"

Posté par anne_p à 07:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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