mardi 17 novembre 2015

dernière lecture : La ligne noire

de Jean-Christophe Grangé

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3,5 etoiles


Présentation de l'éditeur :
Il existe, quelque part en Asie du Sud-Est, entre le tropique du Cancer et la ligne de l'équateur, une autre ligne.
Une ligne noire jalonnée de corps et d'effroi…
Source : 4ème de couverture du livre (ISBN 978-2-253-11659-2) imprimé en avr. 2006

Ancien champion de plongée en apnée, Jacques Reverdi est arrêté en Malaisie. Convaincu de meurtres sadiques - il saigne à mort ses victimes, des jeunes femmes -, il risque la pendaison. 
A Paris, Marc Dupeyrat, ancien paparazzi reconverti dans le fait divers sanglant, se prend de fascination pour lui. Afin d’obtenir ses confidences, il va inventer une femme, dont le criminel tombera amoureux du fond de sa prison, et à laquelle il prêtera les traits de Khadidja, le mannequin en herbe que déjà se disputent publicitaires et photographes. 
Commence alors, de Paris à l’Extrême-Orient, une longue odyssée au cœur de la violence et du mal, qui mènera le journaliste bien au-delà de ce qu’il pouvait imaginer? Et un suspense qui, après Les Rivières poupres et L’Empire des loups, confirme Jean-Christophe Grangé comme un maître du thriller. 
« À mi-chemin d’Arsène Lupin et de Hannibal Lecter, les personnages de Grangé sont pris dans une mécanique infernale » 
O.L.N., L’Express.

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Jessica, elle est comme ça : quels que soient le temps, son humeur, ou l'état de santé de ses enfants, elle arrive au travail avec le sourire : elle est un vrai rayon de soleil (son sourire est beau et sincère, elle est douce, avec toujours un petit mot gentil pour chacun). Elle fait partie des personnes qui me sont devenues précieuses.
Tout ça pour dire : je ne comprends pas comment elle a pu me faire ça.
Me mettre ce roman-là dans les mains.
Un roman que je n'ai plus jamais pu poser.
Qui m'a empêchée de dormir,
Et qui me fait encore frissonner d'horreur.
Ah bon ? Il y a une suite ? (Le serment des limbes) (http://www.babelio.com/livres/Grange-Le-Serment-des-Limbes/4328)
Mais évidemment, que je veux la lire !!!
Même si j'en tremble déjà...
Bon, Jess, faudra qu'on parle, toutes les deux. Et que tu m'expliques : qui tu es vraiment...
;)

Ah, et au fait, j'ai vérifié : Jacques Reverdy existe bel et bien ! C'est un artiste peintre qui a bien du talent. Je me demandais juste si cela l'amuse ou l'inquiète de partager son patronyme avec l'étonnant et macabre héros de ce roman...

 

Morceaux choisis :
"Ce soir, dans votre chambre, observez le ventilateur. Les pales tournent si vite qu'on ne peut pas les distinguer. Le cerveau humain, pareil. Nos pensées vont trop vite. Impossible de les démêler.
Il ralentit son geste :
Mais arrêtez le ventilateur. Regardez chaque pale qui se précise, retrouve sa forme. Faites pareil avec l'esprit. Détachez chaque idée. Observez-la sous tous ses angles. Voilà le rôle de la méditation : transformer la pensée en objet fixe."
"Seule une blessure qu’on cache affaiblit."
"Il écoutait l'océan, dans une relation d'intimité complète. Une autre idée reçue : le silence de la mer. A cette profondeur, la masse sans limite des fonds compressait, cristallisait chaque son, au point de le transformer en un objet matériel, translucide, aux arêtes de verre."
"Passé un certain âge, vivre sans enfants, c'est devenir tout sec. Il y a beaucoup de tristesse à ne vivre que pour soi-même. Vous trouvez pas ?"
"La prison n'est pas fondée sur un système d'entraide ou de solidarité. C'est un monde où les intérêts personnels cohabitent, sans se mêler. A l'occasion, ils peuvent s'accorder sur un objectif commun, mais la règle est de ne jamais sortir de son propre cercle d'existence. Une logique de rats, où l'intelligence ne s'applique qu'à sa survie immédiate."
"Un rite a besoin d'un espace particulier. Un lieu sacré où chaque geste revêt un sens supérieur, où chaque mouvement est un symbole."
"Là où il y a de l'eau, je suis invincible."
"Souviens-toi toujours de cette règle : moins tu te caches, moins on te voit".
"Des centaines de touristes (...) grouillaient, comme des cafards, proliférant, saccageant la beauté qu'ils prétendaient admirer".
"Marc songea aux femmes à tiroirs des toiles de Dali, qui enfouissent leur secret dans les replis de leur corps".

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lundi 2 novembre 2015

dernière lecture : Le coeur est un chasseur solitaire

de Carson Mc Cullers

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Présentation de l'ouvrage :
La difficulté de communiquer et d'aimer est la préoccupation majeure de Carson McCullers. Dans sa vie comme dans son oeuvre. Dans Le coeur est un chasseur solitaire, déjà, l'angoisse bat, palpite au rythme de la solitude désespérée des êtres. Celle de Singer, le muet, qui traîne son silence dans l'artère déserte de cette petite ville du Sud américain. Celle de tous les clients du "Café de New York". Car Biff Brannon, le propriétaire du café, aime les marginaux, les anormaux de toutes espèces. Celle de la petite Mick Kelly enfin, cette étrange gosse masculine, si semblable à l'auteur. Cette série de portraits sans reflets se cogne, se bouscule sous nos yeux et demeure à jamais dans notre esprit. Le Coeur est un chasseur solitaire est le premier roman de la jeune Carson qui n'a alors que vingt ans (1940). En quelques années, elle compose ses deux autres romans majeurs : Reflets dans un œil d'or magistralement porté à l'écran par John Huston et Frankie Addams (1946). Elle est également l'auteur d'un insolite recueil de nouvelles, La Ballade du Café Triste. 

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
"Allons, Anne ! On ne choisit de lire un roman sous prétexte que la couverture est belle, ni parce que son titre est une véritable porte ouverte à toutes les rêveries !" Voilà ce que j'ai pensé. Pire, même : le nom de l'auteure m'étant parfaitement inconnu, je me projetais déjà plus ou moins dans un roman dans la lignée de "Les oiseaux se cachent pour mourir". Et puis quoi ! C'est ça, la lecture : la liberté de varier ses plaisirs.Un petit bonbon sucré m'attendait.
Ce roman n'a absolument rien à voir avec l'idée que je m'en étais faite. Je viens de découvrir un véritable bijou : un de ces livres, éveilleurs de conscience, en tout cas de curiosité.
Un livre comme je les adore qui, sous son apparente tranquillité, sa belle esthétique, vous propulse dans la féroce réalité.
Alors, plutôt que de vous en faire un résumé, je préfère vous parler des étranges synchronicités qui se sont produites, pendant ma lecture :
- Cristalline présentait, sur sa page Facebook, le tableau de Norman Rockwell (1963) : "The problem we all live with", me faisant découvrir cette belle personne qu'est Ruby Bridges, véritable symbole noir américain, 
dans le même temps, étaient évoqués les fameux jeux olympiques de Mexico,
(2 événements qui se déroulent une trentaine d'années après l'écriture de ce roman).
C'est de cette consternante inégalité raciale dont il s'agit, dans ce roman, dont nous sommes témoins impuissants, et qui donne froid dans le dos...
- une courte vidéo visionnée,  où il est question du libre port des armes à feu aux Etats-Unis, et l'actualité, en parallèle, toujours aussi tragique... 
- et puis d'autres thèmes, "tellement anodins"...
* le monde du dedans et le monde du dehors (la place de l'imaginaire, qui peut tout rééquilibrer),
* l'alcool,
* la difficile transition enfance / adolescence
* la difficulté des hommes à se parler. Juste entrer en contact. Faire attention à l'autre et communiquer vraiment. Vaste programme...

Il y a énormément à grapiller, dans ce (sombre...) roman, un peu de tous les côtés, chaque personnage étant tellement unique, beau et vrai.
Je vous laisse découvrir ?

 

Morceaux choisis :
"Avec lui, elle était absorbée par l'idée de tout enregistrer dans sa tête afin de le revivre plus tard et de ne rien oublier".
"Il avait connu ses amours, et elles étaient révolues. (...) Terminées. Le laissant meilleur ou pire. Lequel des deux ? Question de point de vue."
"Et comment les morts peuvent-ils être réellement morts alors qu'ils vivent dans les âmes de ceux qu'ils ont laissés ?"
"Ils sont tous très occupés. [...] Je ne veux pas dire qu'ils travaillent nuit et jour ; c'est leur esprit qui n'est jamais en repos."
"Ne me pose pas de questions et je ne te raconterai pas de mensonges. L'indiscrétion est toujours punie."

 

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mardi 13 octobre 2015

dernière lecture : La ville orpheline

de Victoria Hislop

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Présentation de l'éditeur :
Été 1972. La ville de Famagouste, à Chypre, héberge la station balnéaire la plus enviée de la Méditerranée, cité rayonnante et bénie des dieux. Un couple ambitieux ouvre l'hôtel le plus spectaculaire de l'île, Le Sunrise, ou Chypriotes grecs et turcs collaborent en parfaite harmonie.
Deux familles voisines, les Georgiou et les Özkan, sont de celles, nombreuses, venues s'installer à Famagouste pour fuir des années de troubles et de violences ethniques dans le reste de l'île, ou la tension monte.
Lorsqu'un putsch grec plonge l'île dans le chaos, celle-ci devient le théâtre d'un conflit désastreux. La Turquie envahit Chypre afin de protéger sa minorité sur place, et Famagouste est bombardée. Quarante mille personnes, n'emportant que leurs biens les plus précieux, fuient l'armée en marche.
Qu'adviendra-t-il du Sunrise et des deux familles restées dans la ville désertée ?

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Comme pas mal d'autres lecteurs, je suis plutôt mitigée sur cette lecture. 
Pourtant, j'étais complètement captivée ! Par des faits historiques extrêmement proches, à la fois géographiquement que dans le temps... et par l'histoire d'une île (Chypre) que je ne connaissais absolument pas ! Comment ne pas être effarée par la rapidité avec laquelle une ville comme Famagouste, station balnéaire plus que florissante, pillée, bombardée, a été complètement oubliée, rayée de la carte : elle n'est plus qu'une ville fantôme. Aujourd'hui encore, elle est effrayante ! 
Et l'île de Chypre, coupée en deux. J'ai du mal à imaginer cela... (je vous mets un lien, qui explique très bien tout ceci...).
Après, l'histoire "romanesque" n'est, à mon avis, pas à la hauteur de cette Histoire avec un grand "H" (par ailleurs très bien restituée). Très peu crédible, façon roman à l'eau de rose. Cette face-là du roman est franchement décevante.
Dommage...

 

Morceaux choisis :
"La différence entre ce qu'ils étaient encore il y a peu et ce qu'ils étaient devenus était considérable. À présent,  ils étaient égaux dans leur dépouillement."
"Ce qui est arrivé est arrivé, rien n’y changera rien."

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dimanche 4 octobre 2015

dernière lecture : J'étais là avant

de Catherine Pancol

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Présentation de l'éditeur :
Elle est libre. Elle offre son corps sans façons. Et pourtant, à chaque histoire d’amour, elle s’affole et s’enfuit toujours la première. Il est ardent, entier, généreux. Mais les femmes qu’il célèbre s’étiolent les unes après les autres.
Ces deux-là vont s’aimer. Il y a des jours, il y a des nuits. Le bonheur suffocant. Le plaisir. Le doute. L’attente. Mais en eux, invisibles et pesantes, des ombres se lèvent et murmurent : « J’étais là avant. »
Des mères qui les ont aimés ou trahis, qui ont rêvé, souffert, espéré. Des mères qui vivent encore en eux et les empêchent d’aimer. On n’est jamais tout seul dans une histoire d’amour.
On est tous les autres et toutes les autres qui ont aimé avant nous.
J’étais là avant est le roman d’une femme qui se libère de ses démons. Qui nous libère de nos démons…

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
J'avais promis, juré, craché que l'on ne m'y reprendrait plus.
Mais alors, il faudrait que je ne lise pas, "juste pour voir..." la toute première page. Parce que l'écriture de Catherine Pancol, j'ai un mal fou à y résister. ça me fait exactement pareil avec une tablette de chocolat (au lait). Juste un carré. Et puis, finalement, la tablette entière y passe, et je suis écoeurée.
C'est tellement dommage... Je suis, encore une fois, terriblement déçue. Par l'histoire. Alors que la plume est divine... (comme en témoigne la longue liste de morceaux choisis...) Mais qu'est-ce que l'on peut tourner en rond, pour même se retrouver au point de départ (et puis, j'avoue, j'ai "sauté" plein - plein de pages).
Et je ne comprends pas, vraiment, ce qui ne fonctionne pas dans les récits de Catherine Pancol, mais à chaque lecture, cela se confirme : il manque un ingrédient.
Ou alors j'aurais du m'arrêter après la première page : elle était tellement prometteuse...

 

Morceaux choisis :
"Aimer, c’est prendre l’autre dans sa totalité".
"Je me souviens : la première fois que je t’ai rencontré, je ne t’ai pas vu…
Je ne t’ai pas vu.
Tu étais là, pourtant. Je t’ai serré la main, je t’ai dit « bonjour » très gentiment sans doute, avec mon grand sourire, celui que j’ai quand je fais connaissance, un sourire en préfabriqué, une forme de politesse anonyme. Un laissez-passer pour que passent les gens et qu’ils me laissent dans mon indifférence. Nice to meet you et du balai.".
"On est responsable de ces mots-là. Il ne faut pas se plaindre, après, de les avoir prononcés. On est responsable de ses mots. Il faut apprendre à être vigilant. C’est de ta bouche que sortent ces mots ennemis, ces mots qui te défigurent. Ne reproche rien aux mots. Ils sont là parce que tu les as laissés être là et, petit à petit, ils prennent toute la place. Je vais te dire, ils prennent même ta place et parlent en ton nom…"
"Soudain, tu t’es levé. Tu as regardé ta montre et tu es parti.
Je me suis dit il a une copine, une femme dans sa vie, elle l’attend et il va la rejoindre. Ils ont rendez-vous. Il est venu pour tuer le temps avant de la retrouver. Une seconde, j’ai envié cette femme d’avoir un homme si ardent, si entier, si vrai, une seconde, j’ai regretté que cet homme-là ne soit pas pour moi, pour moi qui l’avais eu si entier, si ardent, si vrai pendant quelques instants, et puis j’ai pensé c’est la vie, c’est comme ça.
Je t’ai regardé partir".

"La vérité se niche toujours dans les détails".
"Le désir nous dilate, nous permet d’occuper un espace plus grand que celui qui nous est alloué".
"L’amour la rendait aimante. L’amour est un fluide qui circule d’un être à l’autre en faisant des détours."
"L’apparence est la forme qu’empruntent les gens pour que les autres ne les voient pas. Ne devinent pas leur malaise intérieur."
"La vie des autres est un champ d’observation infini où les détails engrangés vous permettent d’avancer en vous-même comme dans une enquête criminelle. On ne s’ennuie jamais à contempler l’heur ou le malheur d’autrui tant il vous renseigne plus efficacement que n’importe quel docteur de l’âme sur vos propres désordres. Tant il est vrai aussi que ce qui vous saute aux yeux, vous irrite ou vous tord les entrailles est le reflet exact de vos propres manques, défauts ou souffrances que vous vous obstinez à nier, à mettre de côté."
"Ce doit être ça, l’amour : quand le regard de l’autre voit en vous ce que vous ne voyez pas vous-même, l’extrait comme une pépite dorée et vous l’offre."
"De l’enfermement naissent souvent de nouveaux talents pourvu que l’âme soit astreinte à des travaux humbles et précis." 
"Une voiture ne vrombit pas. L’orage ne gronde pas. L’hiver ne dépose pas son blanc manteau de neige, l’angoisse n’étreint pas les cœurs. Interdit, interdit, interdit ! Montrez-moi la sécheresse en me décrivant les ornières de la route, la pluie en me faisant patauger dans la gadoue, le trac en faisant bégayer le narrateur, la soumission dans l’inclinaison d’une nuque, la convoitise dans des yeux allumés et rétrécis. Des attitudes, des images, des sons et des odeurs ! Et l’émotion débordera. Elle jaillira des détails que vous aurez extirpés de votre mémoire, du regard que vous portez sur ce qui se passe autour de vous. Votre regard !"

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samedi 12 septembre 2015

dernière lecture : Amours

de Léonor de Recondo

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4,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Nous sommes en 1908. Léonor de Récondo choisit le huis clos d’une maison bourgeoise, dans un bourg cossu du Cher, pour laisser s’épanouir le sentiment amoureux le plus pur – et le plus inattendu. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire, à prendre en mains sa destinée. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, tombe enceinte : cet enfant sera celui du couple, l’héritier Boisvaillant tant espéré.
Comme elle l’a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s’apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire n’a pas la fibre maternelle, et le nourrisson dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont elle martèle inlassablement les touches.
Céleste, mue par son instinct, décide de porter secours à l’enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s’éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre sous les combles…
Les barrières sociales et les convenances explosent alors, laissant la place à la ferveur d’un sentiment qui balayera tout.
Ce livre est récompensé par le grand prix RTL-Lire 2015 et par le prix des libraires 2015.. 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Magnifique roman ! 
Et je pèse mes mots.

Pour une fois, je copie-colle un commentaire de lecture (Babelio, par MachaLoubrun), qui dit exactement ce que j'aurais voulu écrire  :
Au début du siècle dernier, dans une maison cossue du Cher, Madame, Monsieur, la bonne et l'enfant…
Ne bâillez pas d'ennui, il ne s'agit pas d'un vulgaire petit drame bourgeois mais d'Amours. Oui, d'Amours. Bien entendu le mariage entre Victoire et Anselme a été arrangé et Céleste n'est qu'une bonne à tout faire. Comme Victoire est dégoutée par les moments intimes avec son mari, Anselme monte de temps en temps dans la chambre de Céleste, histoire de satisfaire un désir pressant…Céleste ne veut pas perdre sa place, alors elle ne dit rien.
Les deux femmes ont pourtant des points communs, l'innocence, la solitude et des vies corsetées par la religion et les conventions sociales. Céleste tombe enceinte, l'enfant deviendra celui que le couple attendait désespérément depuis cinq ans. C'est Victoire qui en a décidé ainsi. Derrière les murs épais des maisons bourgeoises les secrets et la morale cloisonnent bien hypocritement les vies, mais les deux femmes vont se rapprocher, s'aimer, voler un peu de liberté, découvrir leurs corps et leurs désirs… C'est inattendu, beau, c'est une passion pleine de fraicheur et de douleurs contenus qui nous rappelle combien la vie était dure pour les femmes à cette époque là. 
D'une écriture simple et délicate Léonor de Recondo met en musique l'éveil à la sensualité et la maternité des deux femmes. L'auteur est d'ailleurs une musicienne de talent et lorsque Victoire renait en se mettant au piano ou lorsque Céleste se réfugie dans l'orgue de l'église paroissiale, on sent vibrer leurs âmes.
Deux portraits lumineux et attachants dans un roman particulièrement touchant.

Morceau choisi :
"De la vie, on ne garde que quelques étreintes fugaces et la lumière d'un paysage."

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mardi 1 septembre 2015

dernière lecture : Le détroit du loup

d'Olivier Truc

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3,5 etoiles


Présentation de l'éditeur :
Hammerfest, petite ville de l’extrême nord de la Laponie. Les bords de la mer de Barents, le futur Dubai de l’Arctique… Tout serait parfait s’il n’y avait pas quelques éleveurs de rennes…
L’histoire se déroule au printemps, quand la lumière ne vous lâche plus, obsédante. Autour du détroit du Loup qui sépare l’île où se trouve Hammerfest de la terre ferme, des drames se nouent. Alors que des rennes traversent le détroit à la nage, un incident provoque la mort d’un jeune éleveur. Peu après, le maire de Hammerfest est retrouvé mort près d’un rocher sacré qui doit être déplacé pour permettre la construction d’une route longeant le détroit. Et les morts étranges se succèdent encore.
À Hammerfest, les représentants des compagnies pétrolières norvégiennes et américaines ont tout pouvoir sur la ville, le terrain constructible est très convoité, ce qui provoque des conflits avec les éleveurs de rennes qui y font paître leurs animaux l’été.
Les héros de ce grand centre arctique de la prospection gazière sont les plongeurs, trompe-la-mort et flambeurs, en particulier le jeune Nils Sormi, un plongeur d’origine sami.
Klemet et Nina mènent l’enquête pour la police des rennes. Mais pour Nina, troublée par les plongeurs, une autre histoire se joue, plus intime, plus dramatique. Les jeunes plongeurs qu’elle découvre lui rappellent ce père scaphandrier qui a disparu depuis son enfance. Subissant cette lumière qui l’épuise, elle va partir à la recherche de ce père mystère, abandonnant Klemet à sa mauvaise humeur, à ses relations ambiguës avec son ombre.
Et c’est une police des rennes en petite forme qui va faire émerger une histoire sombre venue des années 1970, dévoilant les contours d’une patiente vengeance tissée au nom d’un code d’honneur venu d’un autre monde, montrant à quel prix a été bâtie la prospérité de la région.
Deuxième roman d’Olivier Truc, Le détroit du Loup confirme les talents de raconteur d’histoire de l’auteur et sa capacité à nous emmener sur des terrains insoupçonnés.

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Quel beau roman ! Très bien écrit, avec de nombreux rebondissements inattendus, des réflexions sur l'accès au modernisme dans des sociétés ancestrales, sur la folie pétrolière, le tout dans un rythme d'écriture un peu lent : probablement celui de la vie en Laponie. Voilà un récit marquant, que je ne suis pas prête d'oublier, avec de magnifiques découvertes et rencontres.
Olivier Truc, dans ses pages, nous parle un moment de Mari Boine, chanteuse norvégienne d'origine Saami (peuple phare du roman), que je connaissais déjà. Ecoutez-là chanter ! Vous saurez quelles hommes et femmes j'ai côtoyés pendant mon incroyable lecture... (c'est par ici - clic)
Heu... et puis vous avouer que, grâce à lui, je sais désormais exactement où situer la Laponie sur une carte...

 

Morceaux choisis :
"Est-ce que l'on croit encore au sacré ? A ce qui nous dépasse ? Les gens croient à ce dont ils ont besoin de croire pour survivre".
"Nous devons être capables de vivre ensemble, c'est le seul enseignement de la toundra. L'homme solitaire est comme le loup. Il fait peur aux hommes, et les hommes se vengent de lui."
"Les autres... Et il va leur rester quoi ? Ils disent qu'élever des rennes n'est pas un métier mais un mode de vie. Ils en font une question d'honneur. Ils sont tellement fiers. L'honneur, ça ne fait pas bouffer.
Sormi regardait les montagnes, à leurs pieds et prit un air songeur.
- Non, ça ne fait pas bouffer... (...) mais ça a de la gueule."
"Il (l'homme) se bat contre lui-même, jour après jour, heure après heure, il n'a pas de pire ennemi."
"Sur la toundra, c'est jamais bon de trop imaginer. Ca énerve les esprits."
"Vous êtes Norvégienne non, alors faites-moi plaisir, n'oubliez jamais comment votre pays s'est enrichi. En risquant délibérément la vie de plongeurs hier et en bafouant les droits de vos Sami aujourd'hui."

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samedi 22 août 2015

dernière lecture : Colère

de Denis Marquet

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Présentation de l'éditeur :
La peur, l'angoisse et l'incompréhension gagnent peu à peu la population des États-Unis. Sur la côte atlantique, des centaines de personnes meurent noyées sans qu'aucun phénomène sismique n'ait été relevé, d'autres sont dévorées par des dauphins. À Philadelphie, de nombreux habitants sont retrouvés égorgés par leurs propres animaux domestiques. La population de Clydesburg, en Illinois, est anéantie. Par qui, par quoi ? Le département américain de la Défense réunit une cellule de crise autour de scientifiques réputés, mais personne n'est en mesure d'appréhender ces étranges phénomènes. Une chose est sûre : l'avenir de l'humanité est en grand danger. Seule, l'anthropologue Marie Thomas, en mission dans la forêt amazonienne, a compris que les jours de Colère étaient arrivés : les hommes ne peuvent jouer impunément avec la Terre sans en être punis un jour. Dans ce premier roman, Denis Marquet déploie des trésors d'imagination et réalise un récit ésotérique et écologique dans la grande tradition du thriller américain. --Claude Mesplède 
Denis Marquet a 36 ans. Agrégé de philosophie, il a enseigné à l'université et à Sciences-Po avant d'ouvrir un cabinet de philosophie où il donne des consultations et anime des groupes de travail. Colère est son premier roman. 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Ouh là là !!! ...Et, à la fin de chaque chapitre : "Ouh là là !!!".
Terrible suspense, rebondissements étourdissants. Dire que ce livre nous tient en haleine est bien trop étriqué. Ce livre nous propulse dans une aventure avec un A majuscule : celle de l'humanité, mise en péril, et, ce qui fait le plus mal : ce sont des gens comme vous et moi qui sont concernés. Notre quotidien, donc : ce qu'on lit dans les journaux de plus en plus souvent... Notre avenir ?
ça fait franchement peur... : c'est tellement proche de la réalité. De l'évolution de notre société, au mépris de notre belle terre, qui sait être vengeresse, violente, impitoyable. Et qui l'est de plus en plus souvent. Sans doute est-ce cela, le plus effrayant... : ce péril vers lequel nous allons, à une vitesse exponentielle, et dont l'homme est le principal instigateur.
ça existe, ça, des trillers philosophiques ? Parce qu'alors nous voilà plongés (que dire, plongés ? fascinés...) par l'un d'entre eux...

Je n'ai pas pu m'empêcher de repenser à Laurent Gounelle, qui m'avait fait découvrir d'une part Edgar Morin, ce philosophe inquiet de voir les hommes avancer « comme des somnambules vers la catastrophe » et d'autre part Sheldrake qui nous parle du principe de résonance morphique (clic), tous deux décrivant ce même processus, qui pourrait fort bien apporter la disparition de l'Humanité toute entière...

Morceaux choisis :
"Peut-être que quand on ne prend aucun plaisir à quelque chose, c'est qu'on n'est pas fait pour ça (...)"
"Si seulement on pouvait fermer les oreilles comme on ferme les yeux... Et ne plus rien entendre, à volonté, ne plus être attaqué par l'insondable et retentissante connerie du monde".
"Le hasard est le point faible de la plus forte des cuirasses".
"Les yeux se ferment, les regards se détournent. L'homme a reçu ce don merveilleux : ne voir que ce qu'il veut, ne croire que ce qui l'arrange. Oublier."
"Elle avait compris quelque chose : c'était en elle que tout se jouait. La nature n'était hostile que dans la mesure exacte où elle projetait sur elle le chaos dont elle était porteuse".
"Nier la vérité du chamanisme du point de vue scientifique était aussi ridicule que nier la vérité des découvertes scientifiques du point de vue chamanique".
"Qu'est-ce que c'est mourir, pensa-t-elle, quand tout le monde meurt en même temps... Ce qui est terrible, c'est d'être arraché au monde, et que tout continue comme si l'on n'avait aucune importance, comme si le monde n'en avait rien à faire qu'on meure ou qu'on vive..."
"Les chercheurs cherchaient. Ils ne trouvaient rien. Leur métier, c'était de chercher, alors ils cherchaient."
"(...) et la splendeur ocre des rocailles ouvre en moi un espace illimité. Un aigle traverse et disparaît. Un nuage immaculé se promène dans l'air tremblant. Mon regard est avide de formes. Je n'avais jamais réalisé à quel point voir est une nourriture".
"Savoir est le sommeil de l'intelligence. La véritable science, elle, est une aventure. Elle exige que nous soyons capables de ne plus rien savoir, afin de nous ouvrir au mystère du monde. Car le monde est bien plus vaste que notre savoir."
"Ce que l'homme a mis des dizaines de millénaires à édifier, la nature le défait en quelques poignées de jours".
"Une famille... Un lieu où être vu, entendu, accueilli, sans que personne ne pose de conditions."
"Voir est un chemin. Accepter ce qui est, ce qui se donne, ce qui advient. Sans condition. Sans détourner le regard, sans laisser ses yeux fabriquer des mirages pour éloigner ce qui dérange."
"Humain... Cela vient de "humus", la terre. Comme le mot humilité. L'humilité, c'est pour l'homme se souvenir qu'il est fait de terre, et qu'il sera rendu à la terre. S'il l'oublie... la Terre, un jour, le lui rappelle..."

Et mon passage un peu plus long... :
"Toute notre culture est basée sur la peur. Toutes nos énergies sont consacrées à refuser la mort. Et nous ne voyons pas qu'à refuser la mort c'est à la vie que  nous disons non. Car la mort et la vie ne sont qu'une seule et même réalité. Cela, les Indiens le savent.
Nous, les Blancs, qui dominons le monde, avons trop peur de sentir la vie parcourir notre chair, trop peur de savourer notre appartenance à la Terre, parce que c'est aussi garder mémoire qu'il faudra retourner, un jour, à la terre.
L'Indien sait, d'un savoir cellulaire, qu'il n'est pas distinct de la Terre dont il provient et dont il est fait. Avec mes frères, j'ai appris à marcher pieds nus sur la terre brûlante, comme eux je me suis étendu sur la Terre à me laisser bercer par la pulsation profonde de sa vie.
Aimer la vie, me disait Lololma, c'est se souvenir que l'on n'est rien. L'homme blanc préfère se faire croire qu'il est tout. Il est rempli de haine pour la Terre dont il est fait. Il veut la posséder. Il met la Terre en demeure de produire, toujours davantage. Il ne veut aucune limite à sa puissance. Il détruit ce qui lui échappe, il se rend sourd et aveugle à ce qu'il ne peut détruire.
Il ne connaît plus rien du Grand Mystère."


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jeudi 16 juillet 2015

dernière lecture : L'océan au bout du chemin

de Neil Gaiman

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4 etoiles

Présentation de l'éditeur :
"J'aimais les mythes. Ils n'étaient pas des histoires d'adultes et ils n'étaient pas des histoires d'enfants. Ils étaient mieux que cela. Ils étaient, tout simplement." De retour dans la maison de sa famille pour des obsèques, un homme encore jeune, sombre et nostalgique, retrouve les lieux de son passé et des images qu'il croyait oubliées. Le suicide d'un locataire dans une voiture au bout d'un chemin, sa rencontre avec une petite voisine, Lettie, qui affirmait alors que l'étang de derrière la maison était un océan.
Et les souvenirs de l'enfance, qu'il croyait enfuis, affluent alors avec une précision troublante... 
Ce sont les souvenirs d'un enfant pour qui les histoires existent dès qu'on les croit et qui se réfugie dans les livres pour échapper aux adultes, un enfant pour qui les contes sont sa réalité. Gaiman nous plonge ainsi l'univers de l'enfance en même temps que dans celui des contes anglo-saxons, dont il a une connaissance érudite.
Mais plus encore, il nous convie à une relecture de l'influence des contes sur notre enfance, une réflexion sur la mémoire et l'oubli, et ce qui demeure d'enfance en nous. Fidèle à son imaginaire féérique, Neil Gaiman est un créateur d'archétypes que Stephen King qualifie de "trésor d'histoires". Il épure ici sa phrase et ses possibilités narratives pour nous procurer une émotion toute nouvelle, inédite, dans ce roman court, très personnel, qui dévoile sans doute beaucoup de lui et démontre tout le génie littéraire qui lui a valu le convoité Book of the Year décerné à ce roman par les lecteurs anglais.

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
C'est (encore !) un roman auquel je ne m'attendais pas du tout... et qui, je l'avoue, m'a pas mal destabilisée. Une angoisse montait, en même temps qu'un danger tangible rôdait autour de l'enfant, héros de ce roman. Ici, le fantastique côtoie effrontément le monde réel, laissant planer le doute : alors, le monde imaginaire existerait vraiment ?
Neil Gaiman est un auteur talentueux, qui a su me faire passer par moultes émotions, et a laissé ouverte une brêche béante dans mes pensées déjà fort rêveuses sur un monde parallèle, si proche de nous, pour peu que nos pas nous mènent, parfois, au bout de quelque chemin...

 

Morceaux choisis :
"La femme a posé son chiffon sur le buffet. "ça se boit pas, l'eau de mer, hein ? Trop salée. ça serait comme boire le sang de la vie".
"Il y avait plus de sécurité dans les livres qu'avec les gens, de toute façon."
"Personne ressemble vraiment à ce qu'il est réellement à l'intérieur. Ni toi. Ni moi. Les gens sont beaucoup plus compliqués que ça. C'est vrai pour tout le monde."
"J'étais un enfant normal. C'est à dire que j'étais égoïste, que je n'étais pas entièrement convaincu de l'existence de ce qui n'était pas moi, et que j'étais certain, avec une conviction inébranlable, ferme comme le roc, que j'étais l'élément le plus important de la création. Rien n'avait pour moi plus d'importance que moi".
"Rien est jamais pareil, a-t-elle répondu. Que ce soit une seconde, ou cent ans plus tard. ça bouillonne et ça brasse tout le temps. Et les gens changent autant que les océans".
« - Les adultes et les monstres ont peur de rien.
- Oh, si, les monstres ont peur. C'est pour ça que ce sont des monstres.
Quant aux adultes...Vus du dehors, ils sont grands, ils se fichent de tout et ils savent toujours ce qu'ils font. Au-dedans, ils ressemblent à ce qu'ils ont toujours été. A ce qu'ils étaient lorsqu'ils avaient ton âge. La vérité, c'est que les adultes existent pas. »

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jeudi 9 juillet 2015

dernière lecture : L'épuisement

de Christian Bobin

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3,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
" Je m'égare un peu, ce livre ressemble de plus en plus à ce que ma mère disait en me voyant sortir, mal coiffé : tu ressembles à l'orage. Ce livre ressemble à l'orage mais, somme toute, une promenade sous la pluie n'est jamais mauvaise, la joie y vient avec la peur. "

Mon sentiment au sujet de ce roman :
J'ai pris, depuis quelques temps, une fort mauvaise habitude : celle, dès qu'un livre est terminé, d'enchaîner sur le suivant, celui se trouvant tout en haut de ma pile (énorme), de manière assez boulimique, je le crains. Et cela sans prendre ce temps précieux de poser mes idées, sans rien écrire sur ma lecture achevée. Du coup, ne me reste, la plupart du temps, que le fil d'une histoire, le conte. 
Or, l'histoire seule n''est pas ce qui, à mon avis, fait l'essentiel d'un bon écrit. Par exemple, dans ce livre-ci (que j'ai achevé voilà plus d'un mois...), il n'y a pas vraiment d'histoire. Plutôt un genre de journal tenu par l'auteur, sur ces petits riens qui, mis bouts à bouts, font le fil d'une vie toute entière. Des ressentis. Des émotions. Des moments.
Christian Bobin est particulièrement expert dans ce genre d'exercices : ici, il passe (apparemment ?) (une amie me dit qu'il est heureux s'il a écrit une seule phrase dans sa journée. Donc tous ses enchaînements doivent être pensés... ?) du coq à l'âne, en ayant souvent l'air de s'égarer. Mais il explique aussi très bien que, pour lui, un bon texte est constellé de "mauvais passages" (ici, malgré le fouillis apparent, je ne les ai pas vraiment trouvés...), de ceux où il ne se passe pas grand chose, parfois même rien du tout, mais qui sont précisément là pour permettre au lecteur de se centrer sur le meilleur du récit. Sur le message essentiel. Le vecteur.
Je crois qu'il illustre là la vie dans son entier : celle de l'individu, pleine de creux et de pleins (les deux ensemble font une vie), mais aussi (cela n'engage que moi...), si j'ai bien compris les théories du monde quantique, celle où l'information passe en prenant le chemin du "vide" (pour les sceptiques, un lien franchement intéressant : http://www.canal-u.tv/video/cerimes/le_vide_quantique_source_d_energie_et_d_emerveillement.9347).
Poête ? Philiosophe ? Grande rêveur ? Visionnaire ? Bobin réveille de nombreux questionnements et ouvre beaucoup de portes. ..Et m'agace aussi, quelquefois... (parce que je le préfère romancier, même si je l'aime quand même (voui-voui, Monsieur Bobin, j'ose le dire : je vous aime), comme ici, "secoueur de neurones... ;)

Morceaux choisis :
"Lire pour se cultiver, c'est l'horreur. Lire pour rassembler son âme dans la perspective d'un nouvel élan, c'est la merveille. "
"Ne jamais exiger quoi que ce soit : attendre.
Ne jamais, à personne, rendre compte de ce que tu vis : rire
Ne jamais chercher une aide : attendre encore."
"Et c'est quoi,la fin d' un livre. C'est quand vous avez trouvé la nourriture qu'il vous fallait, à ce jour, à cette heure, à cette page."
"Ecrire... C'est affaire de silence plus que de musique. Mon vrai désir ce n'était pas d'écrire, c'était de me taire. M'asseoir sur le pas d'une porte et regarder ce qui vient, sans ajouter au grand bruissement du monde. Ce désir est un désir d'autiste. Entre le mot "autiste" et le mot "artiste", il n'y a qu'une lettre de différence, pas plus. "
"J'ai toujours été été sensible aux voix déportées par le vent, aux voix qui ne s'adressent pas à vous et vous amènent, un instant, quelques paroles banales, les paroles éternelles de chaque jour."
"Et puis, permettez-moi cette insolence, le miracle est que par endroits vous écriviez si mal : dans chacun de vos livres j'ai trouvé une zone d'ennui, un marais où l'histoire devenait brumeuse et où les phrases n'avançaient presque plus. J'ai bientôt compris que ces pertes étaient indispensables à l'éclat du livre, qu'elles étaient même une partie constituante de cet éclat, comme les broussailles font corps avec la clairière qu'elles protègent."
"Le monde va toujours vers le pire. Dès qu'on le laisse aller seul, le monde va vers la destruction du faible et du précieux en nous."
"La vie n'est jamais si forte que lorsqu'elle est empêchée dans une de ses voies. Elle file, limpide, par l'issue qui lui reste."
"Personne ne peut vivre une seconde sans espérer."

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jeudi 11 juin 2015

dernière lecture : Le liseur du 6h27

de Jean-Paul Didierlaurent 

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5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Employé discret, Guylain Vignolles travaille au pilon, au service d'une redoutable broyeuse de livres invendus, la Zerstor 500. Il mène une existence maussade mais chaque matin en allant travailler, il lit aux passagers du RER de 6h27 les feuillets sauvés la veille des dents de fer de la machine ...
Dans des décors familiers transformés par la magie des personnages hauts en couleurs, voici un magnifique conte moderne, drôle, poétique et généreux : un de ces livres qu'on rencontre rarement.
"Peu importait le fond pour Guylain. Seul l'acte de lire revêtait de l'importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écœurement qui l'étouffait à l'approche de l'usine."
Jean-Paul Didierlaurent vit dans les Vosges. Le Liseur du 6h27 est le premier roman de ce nouvelliste exceptionnel, lauréat à deux reprises du fameux Prix Hemingway.

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Bon ben voilà… Je vais ajouter ma pierre à l’édifice des lecteurs enthousiasmés par ce roman. Pour moi, Colin et Chloé (L’écume des jours) ont bien du se rencontrer dans ce genre d’histoire : un monde hostile où la poésie se débat pour exister. D’ailleurs, depuis le début, j’ai le sentiment qu’ici est le point de départ de leur rencontre…
Mais ça, c’est mon côté rêveuse à l’imagination galopante. 
Autant dire que dans ce roman j’étais donc parfaitement dans mon univers, avec une mention spéciale pour la description des faïences de Julie, très poétique. Mais j’ai aussi adoré l’immersion de Guylain (non non : le héros de notre histoire ne se prénomme pas Colin…) dans l’univers des retraités, et faire la rencontre de son ami Yvon, grand amateur d'alexandrins et de théâtre classique. 
C’est léger, sans l’être vraiment, tendre et pourtant incisif, avec cette fantaisie particulière qui sait quelle corde faire vibrer dans mon âme de lectrice acharnée.

 

Morceaux choisis :
"Avoir pour confident un poisson rouge impliquait de ne rien attendre d'autre de lui que cette écoute passive et silencieuse, même s'il croyait parfois déceler dans le filet de bulles qui sortait de sa gueule un début de réponse à son questionnement"
"Comment voulez-vous que le monde tourne droit si n'importe qui se met à écrire".
"Pour l'avoir déjà vécu, il savait qu'il existait une énorme différence entre vivre seul et vivre seul  avec un poisson rouge".
"Ses silences étaient pleins. Guylain pouvait s'y glisser comme dans un bain tiède."
« Les gens n’attendent en général qu’une seule chose de vous : que vous leur renvoyiez l’image de ce qu’ils veulent que vous soyez. »
"Car, quoi que l'on puisse penser, rien n'est jamais figé dans la vie."
"J'ajouterais enfin que depuis quelques temps, j'ai découvert qu'il existait sur cette planète un être qui avait le pouvoir de faire paraître les couleurs plus vives, les choses moins graves, l'hiver moins rude, l'insupportable plus supportable, le beau plus beau, le laid moins laid, bref, de me rendre l'existence plus belle."

"J'aime ce moment particulier, quand la planète semble suspendre sa course, le temps pour elle de faire son choix entre la lumière du jour naissant et le noir de la nuit qui se meurt. Je me dis qu'un jour peut -être, la Terre ne va pas reprendre sa rotation et s'immobilisera à jamais tandis que la nuit et le jour camperont chacun sur leur position respective, nous plongeant dans une aube permanente. Je me dis alors que, baignées de cette lueur crépusculaire qui donne un ton pastel à toute chose, les guerres seront peut être moins moches, les famines moins insupportables, les paix plus durables (...)"

Un passage un peu long (il y avait longtemps !). Une histoire dans l'histoire. Il y a juste à se laisser porter...
"Je les connais par cœur mes faïences. Malgré l'assaut journalier des coups d'éponge et des détergents, beaucoup sont restées éclatantes comme au premier jour et ont su conserver intacte cette glaçure légèremnet laiteuse qui nappe leur terre cuite. A vrai dire, celles-là m'intéresent peu. Leur trop grand nombre a fait de leur perfection une banalité sans attrait. Non, mes attentions vont plutôt aux éclopées, aux fendillées, aux jaunies, aux ébréchées, à toutes celles que le temps a estropiées et qui donnent à l'endroit, outre ce petit cachet vieillot que j'ai fini par aimer, une touche d'imperfection qui étrangement me rassure. "C'est dans les cicatrices des gueules cassées que l'on peut lire les guerres, Julie, pas dans les photos des généraux engoncés dans leurs uniformes amidonnés et tout repassés de frais, m'a dit un jour ma tante tandis que toutes deux briquions les carreaux à grands coups de peau de chamois pour leur rendre leur lustre d'antan. Je me dis parfois que le bon sens de ma tante mériterait d'être enseigné en faculté. Mes gueules cassées à moi témoignent qu'ici comme ailleurs l'immortalité n'exite pas. Parmi tout ce petit monde d'esquintées, j'ai bien sûr mes préférées, comme celle situé en haut à gauche du troisième robinet et dont l'éclat manquant dessine une jolie étoile à cinq branches ou cette autre à la brillance à jamais disparue et dont l'aspect étrangement terne contraste avec la pureté étincelante de ses congénères du mur nord."

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