de David Foënkinos

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5 etoiles

Présentation de l'éditeur :

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d'une œuvre picturale autobiographique d'une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant: "C'est toute ma vie." Portrait saisissant d'une femme exceptionnelle, évocation d'un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d'une quête. Celle d'un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.

 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Un récit entièrement en pointillé, qui m'a tout d'abord beaucoup inquiétée (facilité d'écriture ? mise en scène pour un roman certainement bien court ?) Et puis David Foënkinos, je me demandais si l'on n'entendait pas un peu trop parler de lui, là... Cette lecture valait-elle la peine ?
J'avais pas mal de préjugés avant même d'ouvrir le roman...
Pourtant, je m'y suis pleinement retrouvée... La construction littéraire (un retour à la ligne après chaque point, façon poème) a été parfaitement préméditée. Pour nous permettre de respirer entre chaque ligne. Pour imaginer, aussi. 
La dimension exacte qu'il fallait pour la poésie.
David Foënkinos vous lit lui-même les premières pages de son roman (ici). Je l'ai trouvé magistral... Rien à dire : il mérite pleinement les deux prix qu'il vient de recevoir.
Et puis maintenant, évidemment, j'adorerais aller voir une exposition sur l'oeuvre de Charlotte Salomon, quelle question !

 

Morceaux choisis :

"Est-ce ainsi que l'on devient artiste ?
En s'accoutumant à la folie des autres ?"

"Le mieux est d'éviter de nouer des relations.
Car rien ne dure.
Il faut vivre à l'abri des déceptions possibles."

"Il existe un point précis dans la trajectoire d'un artiste.
Le moment où sa propre voix commence à se faire entendre."

"Elle n'en fait qu'à sa tête,
c'est-à-dire qu'à son coeur."

"Il a des théories sur le rangement des livres.
Notamment celle du bon voisinage.
Le livre que l'on cherche n'est pas forcément celui que l'on doit lire.  
Il faut regarder celui d'à côté."

"On peut tout quitter
sauf ses obsessions."

"On ne peut pas dire qu'Alfred Wolfsohn soit beau ou laid.
Certains physiques ressemblent à une question sans réponse.
On sait juste qu'on ne peut pas détourner le regard.
Quand il est là, on ne voit que lui."

"Voilà.
Ce que je voulais te dire.
Nous sommes un très beau début."

"Créer une oeuvre,
c'est créer un monde."

"Merci pour tes dessins.
Ils sont naïfs, approximatifs, inaboutis.
Mais je les aime pour la puissance de leur promesse.
Je les aime car j'ai entendu ta voix en les regardant."

"Les nazis ont décidé de mater aussi les pinceaux (...)
Il s'agit de montrer ce qu'il est interdit d'aimer.
Il faut éduquer l'oeil, façonner l'armée du goût."

"La connivence immédiate avec quelqu'un. 
La sensation étrange d'être déjà venu dans un lieu. 
J'avais tout cela avec l'oeuvre de Charlotte. 
Je connaissais ce que je découvrais".

"Soumise à la puissance de son regard. 
Elle peint pour lui, pour obtenir son approbation. elle se sent idiote. 
Plusieurs fois déjà, alle l'a revu. 
Il s'est contenté d'un sourire rapide. 
Sans prendre le temps de s'intéresser de nouveau à elle. 
Son intérêt n'aura-t-il duré qu'un jour ? 
Il y a peut-être une cohérence à tout cela."

"Elles se promenèrent le long de la mer. 
Le bruit des vagues permet de ne pas parler. 
Il vaut mieux se taire, de toute façon."

"Une révélation est la compréhension de ce que l'on sait déjà.
C'est le chemin qu'emprunte chaque artiste.
Ce tunnel imprécis d'heures ou d'années.
Qui mène au moment où l'on peut enfin dire : c'est maintenant."