dimanche 30 novembre 2014

le regard de celui qui voit

La beauté est indissociable
du regard
de celui qui voit"

Heinz Pagels

***

J'avais l'intention de vous raconter la frayeur que m'a procuré ce portrait,
mais je ne sais plus comment dérouler mon récit, maintenant que l'émotion forte est passée,
que le visage a pris sa juste place dans son cadre.
Que tout est redevenu normal.

Pourtant, ce matin-là, alors que la pièce était encore un peu sombre
et que je venais de sortir le pastel de son enveloppe protectrice pour le monter à mon mari, 
il ne ressemblait plus à rien !
Je ne voyais que du noir et du gris. En paquets.
J'avais beau le tourner dans tous les sens, 
impossible d'y retrouver la moindre trace du visage que, la veille, j'avais admiré chez une amie 
qui souhaitait que je lui fasse un cadre personnalisé.
Je n'avais plus qu'une seule certitude : 
celle que le frottement de l'enveloppe avait dilué les nuances subtiles des pastels, 
et tout détruit.

J'étais au bord des larmes.

Je l'ai posé un instant contre un mur.
La lumière est venue au même moment.
Le visage était là, 
comme une évidence
(et moi, je retrouvais mon souffle...).

 

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Benjamen Carbonne2

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Cadre réalisé avec des tesselles en pâte polymère

*** 

Ce portrait (pastel gras), est l'oeuvre du peintre Benjamen Carbonne.
Dans sa biographie, l'on peut lire : 
"cet artiste représente souvent des êtres tourmentés, 
cette période de son travail se concentrera sur des visages parfois doux et sensibles, 
mais aussi très souvent déchirés, arrachés ou déformés par la douleur, le cri, le besoin d'expression. " 

Pour ma part, 
j'ai toujours été fascinée par ces talents qui, 
avec deux-trois couleurs et une virtuosité particulière dans le trait,
savent transmettre des sensations puissantes.

Et bien là, je peux dire que j'ai été servie !
;) 

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mercredi 26 novembre 2014

dernière lecture : La fureur de guérir

d'Alain Cassoura

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2 etoiles

Présentation de l'éditeur :
« Maçyl Massen et moi fîmes, durant six ans et plus, un long voyage dans les profondeurs de l’être. Nous avançâmes péniblement, mais portés par un souffle : nous partagions en silence une conviction, une illusion, l’idée que tout était possible. Nous traquions l’amnésie, la folie. Nous rencontrions la souffrance. La marche était risquée, équilibre fragile sur le fil du rasoir : la mort d’un côté, la renaissance de l’autre.
Nul cas d’école ici, nul protocole thérapeutique, juste la rencontre de deux hommes pour une guérison. » A. C.
Cette odyssée thérapeutique relate le cheminement de deux êtres au caractère entier, un médecin et son patient. Dans la fureur de guérir, ils explorent les frontières entre le physique, l’émotion et la pensée, entre l’ostéopathie, médecine du corps, et une approche par le verbe.
Guérir est possible. Guérir est un engagement total.
Le docteur Alain Cassourra est médecin, ostéopathe, chargé de cours à la faculté de médecine Paris-XIII. Il est l’auteur de L’Énergie, l’émotion, la pensée au bout des doigts. 

Mon sentiment au sujet de ce roman :
Je connaissais Alain Cassoura, que j'avais "rencontré" dans son premier livre : "L'énergie, l'émotion, la pensée, au bout des doigts", texte que j'avais adoré et où il est question d'ostéopathie. Puis je l'ai entendu sur France inter, dans l'émission de Marie-Pierre Planchon : un premier volet où il était plutôt question de l'ostéopathie en général, donc de ce premier roman, et un second volet où il présentait son nouvel ouvrage : "La fureur de guérir" (voir les liens ci-dessous). Alain Cassoura est un homme communicant, jovial, sympathique, d'autant plus que son accent chante en même temps qu'il parle... Je me suis donc laissée tenter par cette seconde lecture.
Et bien : elle n'a absolument rien à voir avec la première ! Je l'ai trouvé extrêmement sombre, même si le héros de cette histoire avance vers la guérison. J'ai eu le sentiment de me retrouver face à deux solitudes furieusement décidées à mener jusqu'au bout un terrible combat. 
J'ai surtout eu le sentiment que m'étaient dévoilées des choses qui ne me regardent pas. Qu'un secret avait été trahi. 
Probablement ne suis-je pas le meilleur public ? Alors qui ? Sans doute ce texte sera idéal comme support pédagogique pour les personnes destinées à la médecine, à l'ostéopathie, voire même à la psychologie, mais en faire un film, comme le suggère Alain Cassoura dans son interview, je ne crois pas...
Autant écouter Alain Cassoura raconter cette rencontre insolite m'a séduite, autant lire l'histoire de Macyl Massen m'a dérangée. Ceci dit, un livre qui secoue à ce point son lecteur ne peut qu'être réussi... Ce qu'il y a de sûr, c'est que je ne suis pas prête de l'oublier, celui-ci...
Enfin, petite parenthèse : le dessin, sur la une de la couv' est absolument parfait : il représente fidèlement, à mon avis, l'écorché vif qu'est Massyl.

 

Morceaux choisis :
"Il y a la conscience endormie du rêve et le rêve que je raconte. En le racontant je change la mémoire que j'en ai, et je ne me souviens que de la description faite."
"C'est à moi d'aimer la vie. Je n'ai qu'à regarder la terre, la lune, le soleil et la voûte céleste, je n'ai qu'à aimer les arbres, parler aux anges et pardonner jusqu'à celle qui m'a conçu, m'a nourri dans son ventre où déjà rodait la mort. Un seul peut me comprendre au delà des mots : le docteur."
"Je dois savoir à qui je donne et pourquoi".
"Le passé ne nous lâche pas, il est gravé dans nos cellules. Rien ne sert de fuir ou tourner en rond, il nous rattrape toujours. Nous n'avons qu'une solution, le regarder en face, le soupeser, le comprendre, finir par l'accepter et au-delà par l'aimer jusqu'au fond de la chair, dans notre corps."

"Le dit, une fois exprimé, n'appartient pas au passé".

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lundi 24 novembre 2014

à porter avec un sourire

« Il faut sourire pour être belle. »

Claude Frisoni

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Collier en pâte polymère
avec serti en perles de rocailles

(voir technique ici)

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dimanche 23 novembre 2014

dernière lecture : Purgatoire

de Tomás Eloy Martínez

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2,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
Purgatoire raconte l’histoire d’Emilia Dupuy, dont la vie s’est brisée un jour de juillet 1977, près de la ville de Tucumán, dans le nord de l’Argentine. Avec son mari Simon, cartographe comme elle, ils étaient partis en mission dans cette région lointaine pour parachever la carte d’une route internationale à la demande de l’Automobile Club de Buenos Aires. C’est alors qu’ils sont arrêtés par les militaires en raison de leurs activités « suspectes », ils détiennent en effet, pour leur travail, des cartes topographiques de toute la zone. Après avoir été détenue et torturée, Emilia est libérée par les autorités grâce à l’intervention de son père, le Docteur Dupuy, l’un des intellectuels du régime, dont les idées guident l’action de la dictature. Emilia rentre à Buenos Aires où elle pense retrouver Simon. Mais Simon ne rentrera jamais. Le calvaire d’Emilia s’étend sur plus de trente ans. Elle part chercher son mari à Rio où un témoin dit l’avoir vu ; elle parcourt les bidonvilles de Caracas et de Mexico où elle croit pouvoir retrouver sa trace. Elle n’accepte pas les conclusions de l’enquête menée par des ONG après la chute de la dictature ni les déclarations de plusieurs soldats qui ont vu le cadavre de Simon dans le patio d’une caserne. Emilia pense que son mari est toujours en vie car elle « sent » sa présence. Qui plus est, vers la fin de sa vie, elle le voit enfin et le retrouve mais comme dans un rêve, ou est-ce la projection de son esprit dérangé ? Car Emilia vit avec les démons du passé : la culpabilité d’un père qu’elle refuse de s’avouer (ce bras droit des militaires n’a eu aucun mal à faire « disparaître » son gendre, jugé « subversif »), et les cauchemars d’une époque effroyable qu’elle a vécue comme un zombi, assommée par la violence psychologique exercée par sa famille et par la société tout entière.

Tomás Eloy Martínez, l’un des intellectuels argentins qui a dénoncé avec le plus de force et d’indignation les crimes de la dictature militaire de son pays, nous raconte cette histoire d’amour et d’obsession dans deux cadres temporels alternés : celui de la dictature et, trente ans plus tard, celui des derniers jours d’Emilia, devenue bibliothécaire dans une petite ville du New Jersey. La narration passe d’un contexte à l’autre, d’une époque à l’autre, et nous offre, à la fois, une fresque historique des années noires de l’Argentine et le portrait intime d’une femme seule, déséquilibrée et hantée par son passé.

 
Mon sentiment au sujet de ce roman :
La lecture de ce roman m'a pris un temps infini. Pourtant, il est sublime, magnifiquement écrit. Mais aussi terrible.
Alors j'y suis allée à doses homéopathiques. Pour pouvoir digérer. Mais même comme ça, c'est difficile.
Surtout si l'on se réfère à la tragique actualité, dans les pays d'Amérique Latine, qui démontre que cette folie-là, celle des hommes, que l'on espérait d'un passé révolu, ne s'arrêtera jamais (lire ici).
Car, au delà de cette belle histoire d'amour, c'est bien de cela dont il s'agit : la corruption, le totalitarisme, le peuple malmené, impuissant. L'horreur. Et après ça les séquelles, impossible à panser.
C'est un roman que je vous conseille vraiment, dans la lignée de "D'amour et d'ombre", d'Isabel Allende, mais aussi "Prières nocturnes", de Santiago Gamboa, tous dénonciateurs d'un système politique véreux et corrompu jusqu'à la moelle.
 

Morceaux choisis :
"Un simple frôlement des doigts, et elle avait éprouvé de la chaleur, de la plénitude, du bonheur, la sensation d'avoir déjà vécu souvent ce qu'en réalité elle vivait pour la première fois. Dans ce corps inconnu se trouvait la carte de sa vie, la représentation de l'univers telle quelle l'avait lue dans une encyclopédie taoïste datant de deux siècles avant Jésus-Christ : "Sa tête ronde est la voûte céleste, ses pieds délicats sont l'image de la Terre, ses cheveux sont les étoiles, ses yeux le Soleil et la Lune, ses sourcils la Grande Ourse, son nez ressemble à une montagne, ses quatre membres sont les quatre saisons, ses cinq viscères les cinq éléments."
"Quels sont les traits caractéristiques d'un individu? Pas la musique ou le contenu de ses paroles ni les lignes de son corps, rien qui soit directement visible. Plus d'une fois elle s'était trompée, suivant dans la rue des hommes qui marchaient comme Simon, ou qui laissaient derrière eux un sillage de parfum lui évoquant sa nuque, et quand elle les regardait en face elle était désespérée. Pourquoi n'y a-t-il pas deux personnes semblables ?"
"Seules les feuilles des noyers témoignaient d'une certaine imagination et tombaient irrégulièrement en automne".
"Le paysage change au fil des saisons, disait l'écrivain, mais la fenêtre dans laquelle se découpe le paysage est toujours la même".
"Les choses qui n'existent pas sont beaucoup plus nombreuses que celles qui parviennent à exister. Ce qui n'existera pas est infini. Les graines qui n'ont trouvé ni leur terre ni leur eau et qui ne sont pas transformées en plantes, les êtres qui ne sont pas nés, les personnages qui n'ont pas été écrits. (...) On écrit des romans dans cette intention : pour réparer dans le monde l'absence perpétuelle de ce qui n'a jamais existé."

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vendredi 21 novembre 2014

illusionniste

Créer,
c'est se distinguer de la nature
au lieu de vouloir se confondre avec elle.

Louis Thomas d'Hoste

paysage

Ce "tableau" est le fruit d'un heureux hasard...

Il s'agit d'une plaque de pâte polymère,
préalablement destinée à confectionner des bijoux,
mais qui a pris, sous mes doigts, 
quelque liberté.

La magie aidant,
elle a revêtu l'apparence d'un paysage de montagne,
à la tombée du jour.

Peut-être y voyez-vous autre chose ?

***

 

 Quelques bijoux, aussi, issus de cette même plaque...

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jeudi 20 novembre 2014

dernière lecture : L'instant précis où les destins s'entremêlent

d'Angélique Barbérat

 

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1,5 etoile

Présentation de l'éditeur :
Une tache rouge sur l’oreiller, juste sous les cheveux de sa maman, morte sous les coups de son mari. Voilà ce que le petit garçon a vu, à cinq ans… Pour survivre, Kyle se jette à cœur perdu dans la musique, que sa mère aimait tant. Vingt ans après, devenu leader d’un groupe de rock, il est célèbre dans le monde entier. Mais inapte au bonheur.
Coryn, elle, a grandi dans une banlieue sans charme. À dix-sept ans, elle tombe dans les bras de Jack Brannigan, qui fou amoureux l’épouse, mais, jaloux et violent, l’enferme dans une prison dorée, « Parce que tu m’appartiens… » 
Comment ces deux êtres que tout semble séparer auraient-ils la moindre chance de s’aimer ? Pourtant, à l’instant précis où les destins s’entremêlent, chacun d’eux sait que sa vie ne sera plus jamais la même.

Mon sentiment au sujet de ce roman :
J'ai lu ce livre vraiment très vite. D'ailleurs, pour être honnête, j'ai survolé beaucoup (beaucoup !) de passages. Des pages entières, même. Ce que je refuse habituellement de faire... Mais voilà : je voulais vraiment connaître la fin (c'est moche, je sais, mais passer de Romain Gary à ce texte-ci, le glissement est évidemment très rude !)
C'est un roman facile à lire, qui joue à fond sur les sentiments, et ferait, à mon avis, un excellent film ! (mais j'aime mieux la lecture...)
Avant de me lancer dans cette lecture, j'avais regardé les commentaires et les notes, qui sont pour la plupart excellents, sur Babelio. Pour ma part, je suis franchement déçue. 

 

 

Morceaux choisis :
"Le magique. Il suffit de pas grand-chose pour tout changer".
"Il y a des jours où les astres prennent conscience que vous existez et décident de se pencher sur vous. D'ailleurs, pour le prouver, ils vous octroient une pluie d'événements. Heureux ou malheureux. Qui vous sauvent ou vous sacrifient."
"Un regard et tout change. Un regard et rien n'est plus pareil... Une rencontre. Des atomes qui s'accrochent et laissent des traces indélébiles. Une vie qui sort de son orbite."

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mardi 18 novembre 2014

to do or not to do

"Mais, qu'est-ce qu'elle sait faire?
- Rien, mais tu verras, elle le fait bien."

Anna Gavalda, dans ensemble c’est tout

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Bague en pâte polymère

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samedi 15 novembre 2014

insaisissable

"Le fou,
l'amoureux
et le poète
sont tous faits d'imagination."

William Shakespeare

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Photo printemps 2014 (au Mucem, Marseille)

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jeudi 13 novembre 2014

dernière lecture : La promesse de l'aube

de Romain Gary

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4,5 etoiles

Présentation de l'éditeur :
"-Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D'Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es !
Je crois que jamais un fils n'a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j'essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu'elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l'Armée de l'Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j'entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :
-Alors, tu as honte de ta vieille mère ?"

Mon sentiment au sujet de ce roman :
J'ai été complètement subjuguée par cette lecture, à l'humour à la fois ironique et féroce, aux tournures simples, évidentes, et pourtant tellement subtiles, à l'histoire émouvante. Tout au long de cette auto-biographie (qui se lit comme un roman) (mais d'ailleurs la vie entière de Romain Gary en est un...) : de l'autodérision, de l'amour, de la passion, des rêves, mais aussi du chagrin, de la souffrance, de la peur. Des sentiments.
Une vie.
Mais quelle vie !
Et pour moi, la découverte de cet homme multiple : conteur, bien sûr, mais aussi pilote de chasse, ambassadeur, enfant chéri, russe, polonais, français, double prix Goncourt, et j'en passe. A la fin de cette lecture, je l'adorais, déjà troublée, avant même d'avoir admiré son visage, magnifique (*).

Cet homme est une légende, qu'il a magnifiquement su conter lui-même.

 

Morceaux choisis :
"Ce que je veux dire, c'est qu'elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n'ai jamais su où aller depuis."
"Je feins l'adulte, mais, secrètement, je guette toujours le scarabée d'or, et j'attends qu'un oiseau se pose sur mon épaule, pour me parler d'une voix humaine et me révéler enfin le pourquoi et le comment".
"Parfois, je lève la tête et regarde mon frère l'Océan avec amitié : il feint l'infini, mais je sais que lui aussi se heurte partout à ses limites, et voilà pourquoi, sans doute, tout ce tumulte, tout ce fracas".
"Ce fut sans doute ce jour-là que je suis né en tant qu'artiste, par ce suprême échec que l'art est toujours, l'homme, éternel tricheur de lui-même, essaye de faire passer pour une réponse ce qui est condamné à faire demeurer comme une tragique interpellation".
"Je suis convaincu que les frustrations éprouvées dans l'enfance laissent une marque profonde et indélébile et ne peuvent plus jamais être compensées".
"Evidemment, dans votre quarante-cinquième année, il est un peu naïf de croire à tout ce que votre mère vous a dit, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je n'ai pas réussi à redresser le monde, à vaincre la bêtise et la méchanceté, à rendre la dignité et la justice aux hommes, mais j'ai tout de même gagné le tournoi de ping-pong à Nice, en 1932, et je fais encore, chaque matin, mes douze tractions, couché, alors il n'y a pas lieu de se décourager."
"Je regardai la mer. Quelque chose se passa en moi. Je ne sais quoi : une paix illimitée, l'impression d'être rendu. La mer a toujours été pour moi, depuis, une humble mais suffisante métaphysique. Je ne sais pas parler de la mer. Tout ce que je sais, c'est qu'elle me débarrasse soudain de toutes mes obligations. Chaque fois que je la regarde, je deviens un noyé heureux."
"J'ai même rendu de grands services à l'humanité. Une fois, par exemple, à Los Angeles, où j'étais alors Consul Général de France, ce qui impose évidemment certaines obligations, en entrant un matin dans le salon, j'ai trouvé un oiseau-mouche qui était venu là en toute confiance, sachant que c'était ma maison, mais qu'un coup de vent, en fermant la porte, avait emprisonné entre les murs pendant toute la nuit. Il était assis sur un coussin, minuscule et frappé d'incompréhension, peut-être désespéré et perdant courage, et il était en train de pleurer d'une des voix les plus tristes qu'il me fût jamais donné d'entendre, car on n'entend jamais sa propre voix. J'ai ouvert la fenêtre et il s'est envolé et j'ai rarement été aussi heureux qu'à ce moment-là".

 


 

Pour en savoir un peu plus sur cet auteur :

un article vraiment très intéressant et complet : http://laregledujeu.org/2014/11/04/18191/le-cas-gary/

deux films :
celui qui raconte sa vie :

celui de l'émission Apostrophe, que Bernard Pivot lui a consacrée, quelques temps après sa mort (clic vers youtube)

 

(*) Oh... et cette photo, qui a si bien su m'émouvoir...

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mardi 11 novembre 2014

avancer, un pas après l'autre...

On apprend l'eau - par la soif
La terre - par les mers qu'on passe
L'exaltation - par l'angoisse
La paix - en comptant ses batailles
L'amour - par une image qu'on garde
Et les oiseaux - par la neige

Emily Dickinson

Le bruit des vagues pour FB

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